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Intervention d’Arthur Dreyfuss, Président FFTélécoms, sur BFM Business

Arthur Dreyfuss, Président de la Fédération Française des Télécoms, est intervenu sur BFM Business le 15 juillet 2019 suite à la mise en consultation publique du projet de modalités des fréquences 5G par l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (Arcep) :

 

« C’est une bonne nouvelle que le processus d’attribution des fréquences 5G avance, les opérateurs multiplient les expérimentations en France depuis plusieurs mois pour être prêts. (…) On ne part pas d’une feuille blanche : 10 milliards d’euros investis par les opérateurs pour déployer la fibre dans le pays, nous sommes très mobilisés. Nous déployons pour qu’il n’y ait plus de zones blanches d’ici 2022. (…) Comme pour toute nouvelle technologie, la 5G va nécessiter des investissements lourds, le cahier des charges de l’Arcep est très ambitieux. (…) Les opérateurs déploient tous les jours dans les campagnes pour installer la fibre et la 4G, concentrons-nous d’abord sur nos objectifs actuels, c’est ce que nous faisons collectivement. (…) Aujourd’hui, on construit les business model de la 5G. Le premier besoin de la 5G sera de régler le problème capacitaire avec l’explosion des usages de nos clients et les nouveaux usages. (…) Les gagnants de la 5G seront les français, on a de la chance d’avoir des opérateurs qui investissent. C’est notre métier d’investir, de déployer, on le fait dans un environnement très concurrentiel ».

 

Vidéo | Replay de l’intervention d’Arthur DREYFUSS sur BFM Business (12min 12) :

 

Retranscription :

[Générique de l’émission BFM Business « Inside : au coeur de l’éco »]

Thomas Sasportas (TS) : La 5G en France ça se précise : les opérateurs télécoms savent maintenant un petit peu plus à quoi s’en tenir. Arthur Dreyfuss, bonjour.

Arthur Dreyfuss (AD) : Bonjour.

TS : Vous êtes donc le Président de la Fédération Française des Télécoms. Pour être totalement transparents avec nos auditeurs et téléspectateurs, vous êtes aussi le Secrétaire général d’Altice en France. Altice bien sûr maison-mère d’SFR et des antennes de BFM TV et BFM Business. Mais si vous êtes là ce soir bien sûr c’est en tant que Président de la Fédération Française des Télécoms. C’est une présidence tournante : vous êtes arrivés il y a quelques mois. Avant vous, c’était Didier Casas de Bouygues Telecom, encore avant c’était Pierre Louette d’Orange. Et vous êtes donc là ce soir parce que vous êtes en première ligne pour cet appel d’offres de la décennie dans le secteur des télécoms. Appel d’offres pour les fréquences 5G. L’Arcep a présenté il y a une heure, à 17h45, les contours de cet appel d’offres. Et alors, visiblement, les pouvoirs publics ont changé de stratégie. Pour résumer, la 4G l’objectif c’est de faire monter les enchères le plus possible et après vous aviez une grande latitude pour déployer cette 4G vis-à-vis des territoires. Avec la 5G apparemment ça va être autre chose. On va être beaucoup moins ambitieux dans le prix de ces fréquences. En revanche, vous avez des contraintes assez fortes, assez précises, en terme de couverture du territoire.

AD : Déjà c’est une très bonne nouvelle que le processus d’attribution des fréquences 5G avance. Parce que nous, les opérateurs, nous y travaillons depuis de nombreux mois. On a multiplié les expérimentations à travers le pays. Des expérimentations dans différents secteurs industriels pour être prêt pour la 5G. Donc nous sommes aujourd’hui prêts à avancer.

TS : Les opérateurs sont prêts ?

AD : Ces derniers mois, nous avons multiplié les expérimentations [5G] dans les secteurs ferroviaires, dans les secteurs du transport notamment, de façon extrêmement utile et pragmatique, pour être prêts au moment où nous aurons les fréquences [5G] en 2020.

TS : D’accord alors on va rentrer dans le détail un petit peu des obligations parce qu’il y en a beaucoup. Je trouve que c’est le point le plus frappant : un pourcentage de territoire qui doit être couvert en 5G dans les zones blanches. C’est-à-dire dans les zones où il n’y a pas de réseau aujourd’hui, et évidemment, c’est le cœur du problème. Un quart des nouveaux sites, nous dit l’Arcep [Autorité de régulation des communications électroniques et des postes], entre 20 et 25%, doivent être couvert en 5G. Est-ce que ça, pour vous, c’est quand même un point compliqué ? Parce que, commercialement, ça n’est pas du tout une bonne nouvelle, ça n’est pas là où il y a les bassins d’emplois, ça n’est pas là où il y a les gens qui vivent où vous pouvez recruter beaucoup d’abonnés.

AD : Il faut bien avoir en tête une chose : c’est que l’on ne démarre pas d’une feuille blanche. Aujourd’hui, les opérateurs en 2018 ont investi près de 10 milliards d’euros dans les infrastructures. 10 milliards d’euros consacrés à la fibre optique, pour son déploiement aux quatre coins du pays et répondre à un objectif présidentiel d’avoir le pays fibré quasi intégralement d’ici fin 2022.

TS : On va y arriver ça d’ailleurs ? Fin 2022 c’est dans 3 ans.

AD : Nous étions encore il y a quelques jours dans le Sud de la France à Sisteron, près de Gap, pour déployer la fibre [optique] dans les zones rurales. Effectivement, nous sommes extrêmement mobilisés et investissons massivement pour déployer la fibre [optique] partout en France. Le deuxième enjeu, le deuxième niveau d’investissement que nous avons aujourd’hui, c’est, effectivement, régler enfin ce problème des zones blanches. Les quatre opérateurs se sont engagés, début 2018, à ce qu’il n’y ait plus la moindre zone blanche en France d’ici fin 2022. C’est la raison pour laquelle nous investissons 10 milliards d’euros par an. Donc pourquoi je dis que nous ne démarrons pas d’une feuille blanche ? Parce que, avec la 5G, une nouvelle technologie que nous attendons tous, nous rajoutons une strate d’investissements.

TS : On l’attend tous d’ailleurs cette technologie [5G], ça va vraiment être une révolution ? Ça va changer nos vies la 5G ?

AD : Chaque nouvelle technologie est plus performante que la précédente. La 4G était plus performante que la 3G. La 5G va permettre de nouveaux usages. Mais comme toute nouvelle technologie, elle va nécessiter des investissements, lourds et conséquents. Et le cahier des charges qu’est en train d’écrire l’Arcep est extrêmement ambitieux. Peut-être est-il trop ambitieux, notamment au regard des investissements extrêmement lourds que nous avons déjà à faire. Trop ambitieux pourquoi ? Parce que personne ne demande à ce qu’il y ait la 5G partout en France. Que dit l’appel à consultation publique de l’Arcep ? Il dit que chaque opérateur doit déployer 3 000 nouveaux sites d’ici fin 2022.

TS : Absolument.

AD : 8 000 nouveaux sites d’ici fin 2024. 12 000 nouveaux sites d’ici fin 2025.

TS : Mais la nouveauté c’est que, là-dedans, il y aura un quart, 20-25%, de tous ces milliers de sites qui doivent être en zone blanche. Alors que ça, jusqu’à présent, c’était pas formalisé. Est-ce que ça, vous vous dîtes : « C’est trop contraignant, c’est contraire à notre business model. » ?

AD : Nous passons chaque semaine beaucoup de temps dans ces territoires ruraux, parce que nous avons des équipes sur le terrain pour déployer la fibre [optique] notamment. Dans ces territoires ruraux, qu’est-ce qu’on nous réclame ? On nous réclame la 4G et la fibre, c’est ce qu’on nous répète tout le temps. Évidemment que la demande de 5G va augmenter mois après mois, année après année. Mais les investissements que l’on allons devoir faire doivent être progressifs. Pourquoi ? Parce que concentrons-nous d’abord sur les objectifs actuels que sont la fibre et la 4G. Et demain, effectivement nous aurons la 5G à déployer. Vous parliez de business model. Aujourd’hui, nous construisons et expérimentions ces business model. Ces industries, pour les particuliers. Et surtout, nous regardons ce qui se fait à l’étranger, dans d’autres pays où la 5G a déjà été lancée : les investissements se font progressivement. Je pense à la Grande-Bretagne, à la Corée du Sud, à la Suisse, aux États-Unis. Mais qu’est-ce qu’on voit également dans ces pays-là ? On voit les tarifs des abonnements téléphoniques.

TS : C’est 10 dollars de plus ? Ça augmente la facture de 10 dollars ?

AD : C’est au-delà de ça. En Suisse, un abonnement 4G, c’est 80 francs suisse, 70 euros.

TS : Oui mais le prix de départ est déjà plus élevé qu’en France.

AD : Oui, mais c’est important de l’avoir en tête. Parce qu’en France nous avons des prix bas depuis des années.

TS : Oui, mais ça ne changera pas avec la 5G, ça va augmenter mais c’est comme ça. Le marché est structuré autour de prix bas en France, on le sait, on a des prix parmi les plus bas en Europe.

AD : Oui mais est-ce que quand on voit tous les niveaux d’investissements que nous devons faire, est-ce nous devons nous en glorifier ? Je ne suis pas certains. Pourquoi, parce que dans les pays où les prix [des forfaits] sont peut être un peu plus élevé, correspondants à l’investissement massif, et bien ils ont déjà lancé la 5G. Les Etats-Unis, la Suisse, la Corée du Sud… on vient d’en parler. En Suisse, l’abonnement 4G est à 80 francs suisse ; entre 150 et 200 francs suisse pour l’abonnement 5G. En Grande-Bretagne, l’abonnement 4G est à 20 livres ; 30 livres pour l’abonnement 5G. Effectivement, chaque technologie nouvelle est un investissement important pour les opérateurs donc, à la fin, aura un coût plus important pour le consommateur, qu’il soit particulier ou entreprise.

TS : On a l’impression que cette 5G va être surtout décisive et tout changer pour les entreprises, pour l’industrie plutôt que pour les particulier. Au vue des applications, de ce que ça va permettre, c’est surtout un réseau qui va être utile pour le monde professionnel plus que pour nous finalement.

AD : Dès 2020, lorsque nous pourrons lancer la 5G en France, le premier besoin sera pour régler un problème capacitaire qu’ont les opérateurs aujourd’hui. Pourquoi ? Parce que nos réseaux 4G sont confrontés à une explosion de la consommation de la data par nos clients. Donc nous avons besoin de ces fréquences [5G] pour répondre à ces enjeux capacitaires. Et ensuite, vous le dîtes très bien, les nouveaux usages que nous expérimentons aujourd’hui, dans la télémédecine, dans l’agriculture connectée, dans le transport autonome, dans le fret ferroviaire, dans la gestion portuaire ou aéroportuaire, nous travaillons à ces nouveaux usages, nous travaillons avec les industriels. Mais ces besoins-là ne vont pas arriver au 1er janvier 2020. Ils vont se construire dans les prochaines années. C’est pour cela qu’il y a une réalité économique qu’il faut mettre en face de ce calendrier très ambitieux qui nous est aujourd’hui proposé par l’Arcep.

TS : Très ambitieux, pour résumer justement, une réponse claire : est-ce que pour vous, cet appel d’offres est trop contraignant, est-ce qu’il y a trop de contraintes sur les zones blanches. Je lisais aussi : « 2 grandes villes doivent être couvertes [en 5G] dès 2020 », donc dès l’année prochaine, l’année du lancement. Les principaux axes routiers couverts d’ici 2022-2025. Est-ce que vous dîtes : « Là, l’Arcep, vous êtes trop gourmands, on ne va pas y arriver ».

AD : Ce qui est certains, c’est que l’on a aussi une inconnue dans cet appel à candidatures. C’est le niveau des enchères. Parce qu’il y a nécessairement à regarder l’ensemble des dépenses. Il y a, d’un côté, le niveau des enchères…

TS : Ah ça normalement le gouvernement s’est engagé à ce que ça coûte, entre guillemets, « pas très cher ». Sébastien Soriano, qui était à votre place il y a quelques semaines, disait au micro d’Hedwige Chevrillon : « On n’ira pas au dessus de 2 milliards [d’euros]. 2 milliards, c’est déjà un maximum. » Donc on est bien en dessous des 6 milliards, par exemple, dont vous parliez en Allemagne ou en Italie. Donc, justement, on a une facture qui va être basse pour les fréquences pour vous permettre d’investir.

AD : Mais vous devez regarder l’ensemble de l’équation. Les enchères, le niveau des enchères, les investissements à réaliser, dans quel calendrier, quel volume, les investissements en cours, la 4G dans les zones blanches, la fibre [optique] et la réalité du marché et notamment dont nous parlions tout à l’heure.

TS : Très bien. Alors un autre gros changement aussi qui est mis en avant dans cet appel d’offre, c’est que vous allez moins vous battre pour les fréquences, je m’explique : l’Arcep fixe pour chaque opérateur un plafond et un plancher de quantité de fréquences qui vont pouvoir être achetés par les opérateurs. Autrement dit, tout le monde va pouvoir avoir de la 5G. Vous allez peut être moins vous battre pour les fréquences qu’auparavant. Tout le monde va avoir un minimum et un maximum. Donc, au final, elle va être partagée entre tous. Est-ce qu’au final, ça va être plus compliqué pour les opérateurs de se différencier sur la 5G si tout le monde va pouvoir en proposer ?

AD : Chaque opérateur, dans le cadre de ce processus d’enchères, aura sa stratégie propre. Et c’est évidemment pas en tant que représentant de la Fédération Française des Télécoms que je peux commenter sur quelle sera la stratégie de l’un ou de l’autre. Et je suis convaincu, à l’heue à laquelle je vous parle, chaque opérateur travaille à la meilleure de ces stratégies.

TS : Non mais à la lecture de cet appel d’offres, on a l’impression qu’au final, tout le monde va avoir à peu près, je dis bien « à peu près », la même 5G à offrir à ses clients, avec ce système de plafond et de plancher.

AD : Oui vous savez, il y a énormément d’éléments discriminants selon les opérateurs. Dans la qualité de service, dans la qualité du réseau, dans la présence territoriale… et il ne m’appartient pas aujourd’hui de vous dire lequel serait le plus performant ou le moins performant. Avec une autre casquette, bien volontiers.

TS : Ça n’était pas le sens de ma question, on a l’impression que, finalement, tout le monde va pouvoir offrir à peu près la même 5G. Disons que ça va être plus compliqué pour vous de monétiser ça et de justifier des hausses de prix.

AD : Et pourtant c’est en enjeu majeur, l’idée n’est pas de justifier des hausses de prix.

TS : On a l’impression qu’il n’y a aucun opérateur qui va être le grand gagnant de cet appel d’offres, c’est ça que je veux dire, c’est que tout le monde finalement va être un peu gagnants, il n’y aura pas de perdants.

AD : Je pense que nous devons penser à qui doivent être les grands gagnants des investissements des opérateurs télécoms, ce sont les Français. Et on a de la change en France d’avoir des opérateurs qui investissement autant, qui s’engagent tellement dans la fibre optique, qui s’engage dans ce programme pour régler le problème des zones blanches et qui, demain, s’engageront dans la 5G. Mais, à une autre époque, les politiques disaient : « C’est pas grave, c’est l’État qui paye. » Or là, ce sont les opérateurs qui paient, ce sont les opérateurs qui créent de l’emploi, ce sont les opérateurs qui, chaque jour, ont des techniciens sur le terrain. Donc il y a une réalité économique des opérateurs télécoms. C’est notre métier d’investir. C’est notre métier de déployer des réseaux. C’est notre métier d’aller dans les 4 coins du territoire pour donner la meilleure qualité de service à nos clients. Mais, notre métier, on le fait avec de l’argent que l’on n’invente pas, dans un secteur très concurrentiel, et pour lequel on est pleinement engagé parce que l’on est passionnés. Et on est passionnés à chaque arrivée de nouvelle technologie et c’est la raison pour laquelle on est très satisfait de voir que la 5G avance et arrive enfin en France.

TS : Ça se rapproche… Bon en tout cas l’appel d’offres, effectivement, ça sera à l’automne et puis le lancement de la 5G l’année prochaine, en 2020. Merci beaucoup Arthur Dreyfuss.

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