12 aoû 2014
Observatoire sociétal

Amitié, ennui, Snapchat, Facebook, Ask.fm… retour sur les billets de l’Observatoire de la vie numérique des adolescents (12-17 ans)

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La Fédération Française des Télécoms, fidèle à son rôle d’éclaireur de la vie connectée, entreprend de faire la lumière sur les usages numériques des adolescents au travers d’un « Observatoire de la vie numérique des adolescents (12-17 ans) ».
Observatoire Sociétal des Ados

Car si les « natif digitaux » font beaucoup parler d’eux à travers l’inquiétude mêlée d’admiration qu’ils suscitent chez leurs aînés, parents, et éducateurs, la réalité de ce qui se trame pour les ados à l’ombre des réseaux reste largement opaque.

Pour lever le voile sur ces pratiques émergentes, confidentielles, et parfois tumultueuses que les chiffres des sondages ne savent pas saisir, la FFTélécoms a confié à l’experte des usages numériques Joëlle Menrath la réalisation d’une enquête ethnographique auprès de 25 adolescents dans 3 régions de France.

Une série de « billets » livre les résultats de cette investigation à la croisée de l’ethnographie et de la psychologie :

« Facebook, c’est mort » ! Vive Snapchat !

A travers ce premier billet, nous observons l’émergence de nouveaux codes chez les adolescents, de nouvelles aspirations. Cette étude nous permet de comprendre la désaffection des « natif digitaux » pour Facebook au profit de nouveaux outils de communication tel que « Snapchat ».

« Snapchat » est un réseau social très largement plébiscité des adolescents dont la fonction principale est d’envoyer des images fugitives qui disparaissent après 1 à 10 secondes. Cette application est en partie l’expression du rejet des exigences de l’image publique ou semi-publique portées par Facebook. Cette fugacité offre la liberté d’une expression de soi débridée (photos de grimaces, de visages défaits, grimés, gribouillés, langues tirées, dentifrices sur les lèvres ou shampoing sur les cheveux, rougeurs, mauvais profil et gros plans désavantageux qui transforment les parties du corps en matière informe)…

Si ces utilisations peuvent déstabiliser leurs aînés du fait des risques encourus sur la réputation de ces jeunes, il n’en demeure pas moins que les « natif digitaux » en ont conscience. Les adolescents ont en effet mis en place différentes stratégies afin de préserver leur image : détaguage, surveillance des publications, suppression des documents compromettants ou discussion de vive voix avec les personnes concernées mais aussi « photos dossiers ». Ces « photos dossiers » sont des « munitions », des photos compromettantes d’amis ou de l’entourage ayant valeur dissuasive face à « l’affichage ».

Dans une société où le « paraître » est omniprésent, Snapchat devient pour les adolescents un moyen d’expression  libérateur. Lire le billet

Le « Selfie », portrait de soi narcissique ou nouvel outil de construction identitaire ?

A travers ce second billet, nous nous interrogeons sur le phénomène du « selfie » ou « autoportrait », cette photographie prise par soi-même au moyen d’un smartphone ou d’une webcam et téléchargée sur un média social. Si des selfies occasionnels restent socialement acceptés, la pratique consistant à se prendre en photo et à publier ses clichés peut être, elle, interprétée comme du narcissisme. Pour autant, le « selfie » ne doit pas se résumer nécessairement à une pratique narcissique : il est aujourd’hui un nouvel outil de construction identitaire et le moyen de s’affilier à une communauté que représentent les réseaux sociaux.

Les selfies sont apparus avec les blogs, les pages Myspace puis sont devenus la règle avec les réseaux sociaux. De Facebook (littéralement « livre des visages ») à Twitter, ne pas remplir la case photographique du « profil » revient à laisser place à une icône fantôme qui tiendra lieu de portrait. Le selfie est donc aussi une façon de jouer a minima le jeu des réseaux sociaux en partageant non seulement des messages mais aussi des représentations imagées de soi et des autres.

Les selfies sont en réalité la représentation corporelle et émotionnelle des adolescents, la photographie d’une fraction de leur vie, de cet état instable que constitue l’adolescence. Les selfies leur permettent d’être soi-même tout en ressemblant à ceux/celles qu’ils admirent. Ils se fabriquent une identité, une image de soi jetable ou renouvelable selon les humeurs. Lire le billet

ask.fm, le réseau « ados » de sociabilité anonyme en ligne

A travers ce troisième billet, nous découvrons ask.fm, un réseau « ados » de sociabilité anonyme en ligne où tous les contenus sont publics.

Le principe de ce réseau social est de tenir une page sur laquelle on se propose de répondre à des questions posées par des interlocuteurs anonymes (sauf s’ils choisissent de s’identifier), le plus souvent sur les sujets liés à la sexualité, à l’amour ou l’amitié. Sur Ask.fm, les protagonistes se confessent, se confient, se dévoilent selon des codes communs avec les acteurs d’un feuilleton de téléréalité. La fréquentation d’ask.fm et le risque qu’elle fait courir à l’image de soi comporte une dimension initiatique chez les adolescents.

Ask.fm traduit le besoin collectif d’un entre-soi, d’une vie à l’écart des adultes et des normes de politesse, de correction, de respect qui sont transmises verticalement aux adolescents. Ask.fm est, en quelque sorte, un terrain de découverte de son intimité, une version numérique du jeu « Action ou Vérité ». Lire le billet

10 ans après, le Facebook des adolescents fait sa crise

Si Facebook a dix ans, l’histoire de ses usages ordinaires est plus brève, puisque c’est en 2006 que le site a été ouvert au grand public et deux ans plus tard que la version française a vu le jour. A l’occasion de cet anniversaire, la Fédération Française des Telecom a demandé à Joëlle Menrath de revenir sur les entretiens qu’elle a menés avec des dizaines d’adolescents depuis 2006. Sous forme d’une « timeline » des usages, elle rappelle les jalons d’une histoire qui a mené les adolescents de la jubilation exclusive du bain de foule vécu sur facebook à l’exploration de recoins numériques différenciés, de Twitter, à ask.fm en passant par Instagram. Lire le billet

Les ados s'ennuient AUSSI avec les outils numériques

Les 15-24 ans passent en moyenne 1h37 par jour sur internet. Mais les chiffres qui pointent la quantité du temps passé, supérieure à la moyenne des utilisateurs, comme une spécificité adolescente restent muets sur la qualité de ce temps, telle que l’éprouvent les jeunes utilisateurs. On se figure d’ailleurs communément la relation que les ados entretiennent avec le numérique comme une relation euphorique placée sous le signe d’un engouement toujours renouvelé et il est tentant d’assimiler cette ’adhérence’ observable aux outils, à une adhésion inconditionnelle. Une polarité semble aujourd’hui admise entre le divertissement, souvent suspecté d’être vain, offert par les outils et les services numériques et un ennui doté d’une nouvelle noblesse que l’on assimile volontiers à la posture contemplative : les adolescents fuiraient l’ennui et ses possibles bienfaits en s’immergeant dans les écrans. Ce quatrième billet de Joëlle Menrath montre cependant que les ados connectés s’ennuient parfois avec leurs outils numériques, comme ils peuvent s’ennuyer à l’école, ou avec leurs parents… Lire le billet

Les nouveaux registres de l’amitié à l’heure du numérique

A travers ce 6ème billet, Joëlle Menrath aborde le sujet des nouvelles formes de sociabilité en ligne ainsi que des craintes et idées reçues qu’elles sécrètent chez de nombreux parents et adultes.

Joëlle Menrath nous montre en effet que l’idéal de l’amitié reste inentamé à l’heure du numérique. Les relations numériques ne sont pour les adolescents qu’une continuation, dans d’autres cadres, de leur vie amicale.

Les réseaux sociaux proposent des occasions démultipliées de fêter le lien ou de le consacrer. Ce sont là de nouveaux “rites d’amitié”. Plus que cela, la vie publique qu’offrent les réseaux sociaux aux adolescents est le cadre souvent mésestimé d’une réflexivité sur la vie amicale, où s’élaborent des représentations de ce que signifie « vivre ensemble ». Lire le billet

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