7 juil 2014
Décryptage

Raouti Chehih présente Euratechnologies, l’« OVNI » Lillois

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L’écosystème des startups ne se limite pas à Paris, loin de là ! Notre partenaire Petit Web a rencontré Raouti Chehih, qui dirige la « ville digitale » Euratechnologies à Lille, installée dans une ancienne usine textile.
Raouti Chehih présente Euratechnologies, l’« OVNI » Lillois

Comment définissez-vous Euratechnologies ?

Euratechnologies, c’est avant tout un lieu, un espace qui est encore en cours de création. C’est une sorte de « ville digitale » que nous sommes en train de mettre en place à Lille. Sa mission est de faire émerger les champions du numérique de demain, de participer à cet élan national qu’incarne la French Tech. Le but est d’aider des startups naissantes à grandir jusqu’à être capable de rayonner à l’international. Le lieu, en tant que tel, est une ancienne usine de textile. C’est chargé de sens.

C’est-à-dire ?

Le projet est une sorte d’OVNI en fait, créé il y a cinq ans. Nous n’avons pas les plus grosses entreprises du numérique bien sûr, nous sommes encore trop jeunes pour cela. Mais 40 ans après l’industrie de charbon, nous essayons d’assurer une forme de transition pour l’esprit entrepreneurial qui existe dans le Nord de la France. La région a longtemps été le berceau de l’industrie nationale, pourquoi ne réussirait-elle pas dans le numérique ? Nous avons simplement réhabilité le bâtiment de l’usine pour l’adapter au digital. Les startups y viennent avec leurs idées et nous leur y donnons le temps de les concrétiser.

Comment fonctionne Euratechnologies au quotidien ?

Euratechnologies travaille autour de quatre thématiques précises. D’abord, l’accès à l’innovation. Il nous faut donner l’opportunité à ceux qui ont de bonnes idées de les voir se réaliser avec leur dimension différenciante, souvent une innovation technologique. La deuxième mission est de fédérer la connaissance. Euratechnologies travaille avec des écoles et des universités, aussi bien en France qu’à l’international, avec Stanford par exemple. La troisième mission est de gérer le financement des startups en devenir par l’intermédiaire de Business Angels qui sont Français, européens ou internationaux. Enfin, la dernière mission, c’est bien sûr de gérer l’accès au marché. Dans le digital, on se concentre toujours sur les fonds et leurs origines, on oublie souvent que le premier élément de réussite pour une entreprise naissante, c’est de trouver des clients ! Nous, on leur donne le temps de faire tout cela et de trouver ces clients auxquels il est nécessaire de se confronter rapidement. Si on fait croire aux gens qu’ils peuvent aller sur la lune, mais sans leur en laisser le temps, comment voulez-vous qu’ils y arrivent ?

Pourquoi, en tant que startup, faudrait-il choisir Lille comme lieu d’implantation ?

Lille et ses environs, c’est un bassin de quelques 80 millions de consommateurs à moins d’une heure et demi de train. Si on a choisi cet endroit, c’est qu’on y trouve un potentiel de consommation de 1 500 milliards d’euros dans un rayon de 300 km. Entre Londres, Bruxelles et Paris, cette région n’est pas loin d’être la plus riche du monde, aussi était-ce logique de nous y installer en plein milieu. L’endroit a aussi une tradition des plus intéressantes. Comme je le disais plus tôt, ce bassin du nord de la France a longtemps été à la pointe de l’industrie, c’est une terre d’entrepreneurs : on y trouve de grosses entreprise qui vont tôt ou tard être touchées par la transition numérique. Ce sont autant de clients potentiels pour nos startups. Leroy Merlin, Auchan et les grandes enseignes représentent même le tout premier marché.

Combien de startups constituent votre écosystème ?

On a quelques 140 entreprises, de toutes les tailles, dont 15 ou 20 dans l’incubateur proprement dit. Celles-ci ont été lancées il y a 5 ans. Autour, il y a de grosses entreprises comme IBM, Tata ou Asus qui viennent se greffer aux projets en cours, parce qu’elles sont intéressées par telle ou telle idée. En même temps que ces startups de cinq ans qu’il nous faut encore soutenir, on travaille sur la génération suivante. En moyenne, 75% des projets aboutissent à la création d’une startup et 90% d’entre elles existent toujours cinq années plus tard. Mais ça n’est pas une raison pour les laisser là : une fois qu’elles ont réussi à s’implanter dans le paysage économique, on les pousse pour leur permettre de devenir de vraies success stories à la française et on leur donne le temps d’y parvenir.

Quel est le lien d’Euratechnologies avec les grands groupes et les marques en cours de « digitalisation » ?

Nous avons presque un lien de patient à malade. Dans une certaine mesure, notre job, c’est d’aller voir ces grands groupes et de leur demander « quelle est votre douleur ? ». Eux peuvent nous répondre un peu tout et n’importe quoi, de « j’ai un problème de gestion de ma DSI » à « il y a un souci d’informatique dans tel magasin sujet à tel contexte ». Euratechnologies fait le lien avec ses start-ups et voit qui peut répondre au mieux à ces problèmes.

Le but est donc de permettre à ces startups de rayonner à l’international. Et avant cela, en Europe ?

Oui. Il y a cette erreur qui est faite bien trop souvent, une véritable erreur stratégique, qui consiste à développer des structures pour ensuite les emmener, au choix, aux Etats-Unis, en Amérique du Sud ou bien en Chine. On oublie qu’on a un marché de 400 millions de personnes ici. Pourquoi ne pas l’attaquer ? Certes, aux Etats-Unis comme en Chine, il y a l’unicité linguistique et culturelle, mais avoir peur du morcellement européen, c’est plus un problème de stratégie qu’autre chose. On ne se rend pas suffisamment compte de la qualité entrepreneuriale dont on dispose, en Europe et en France. Une qualité suffisamment élevée pour être capable de relever le défi. On n’a à rougir de rien ! Il nous faut seulement prendre conscience de nos forces pour enfin les mettre en avant.

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