7 nov 2014
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Rencontre avec Pierre Bellanger, fondateur et PDG du groupe Skyrock autour de la « souveraineté numérique »

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Pierre Bellanger, fondateur et PDG du groupe Skyrock, auteur de La Souveraineté numérique (2014), est venu le 5 novembre échanger avec Yves le Mouël et l’équipe de la FFTélécoms autour des enjeux du numérique. Face au phénomène de « privatisation de l’internet », il a notamment plaidé en faveur d’un système d’exploitation souverain et ouvert, le « SESO ».
Rencontre entre Pierre Bellanger et la FFTélécoms autour de la « souveraineté numérique »

Lors de sa présentation, Pierre Bellanger a fait part de ses craintes, partagées par la FFTélécoms, sur le risque de perte de notre souveraineté numérique. Cette perte de souveraineté serait due, selon lui,  à la croissance exponentielle de la puissance du « résologiciel », ce supra logiciel, nouvelle forme de personne morale, « contrôlant en un système unifié les services, les réseaux et les terminaux ».

Certains acteurs Over-The-Top (OTT), à l’instar de Google et de ses 120 services satellites, sont devenus aujourd’hui incontournables. Ils ont su pénétrer les réseaux historiques des opérateurs télécoms qui pourraient ne devenir in fine que de simples prestataires fournisseurs d’internet, tandis que les résologiciels les remplaceraient. Les opérateurs télécoms devenant alors de simples fournisseurs de matière première, les conséquences pour les emplois du secteur tertiaire en seraient désastreuses. L’étude Arthur D. Little pour la FFTélécoms sur « l’Economie des télécoms » (2013) a en effet démontré que les opérateurs représentaient près de 80% des emplois du numérique en France. Il est crucial que les pouvoirs publics prennent conscience des dangers encourus par la perte de souveraineté numérique et adoptent une stratégie encourageant l’investissement dans les services numériques et les réseaux sur notre territoire afin de reconquérir celle-ci.

En ce qui concerne la neutralité du net, Pierre Bellanger, fondateur d’une radio libre, a qualifié de « suicide par les bonnes intentions » la volonté d’imposer une neutralité aux réseaux opérateurs. Neutraliser les réseaux reviendrait en fait à « castrer » (to neuter en anglais) les opérateurs, les réduisant ainsi à de simples tuyaux, des dumb pipes. Or, ce n’est pas en rendant les réseaux « idiots » que l’on pourra garantir la neutralité du net. La neutralité passe au contraire par de l’intelligence, il s’agit d’ « agir avec intelligence », en garantissant la neutralité des plateformes et de leur écosystème. Sans aller jusqu’à rendre public l’algorithme des moteurs de recherche, l’utilisateur devrait, selon lui, avoir droit à une neutralité dans la recherche, en d’autres termes, une recherche non personnalisée à l’aide d’algorithmes. Aujourd’hui, se pose en effet le problème de la neutralité du résologiciel qui, loin d’être neutre, reflète les intérêts d’entreprises privées dominantes. Google, Apple, Facebook ou encore Amazon ont ainsi le pouvoir d’expurger certains contenus de leurs plateformes. Si cela peut s’avérer justifié dans certains cas particuliers, cela leur confère non seulement la possibilité d’évincer certains services concurrents, mais en plus, le pouvoir de décision sur ce qui est acceptable selon leur propre système de normes et de valeurs morales. Nous assistons ainsi à une privatisation de l’internet qui pourrait avoir de graves conséquences sur notre souveraineté.

Pierre Bellanger considère que les opérateurs télécoms sont les derniers remparts qui permettront à l’Europe de lancer la reconquête de sa souveraineté numérique. Afin de mettre fin au renoncement de l’Europe dans le numérique, Pierre Bellanger plaide donc en faveur d’un système d’exploitation souverain et ouvert, le « SESO », avec pour principal support les opérateurs télécoms. Reconquérir la souveraineté numérique ne sera possible que par l’émergence de champions français et européens du numérique capables de fournir des services de qualité pour leurs utilisateurs dans un environnement sécurisé.

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