15 déc 2014
Décryptage

LeWeb 2014 : la séance de rattrapage

10
MIN
Rendez-vous annuel de la scène tech, LeWeb réunissait cette année plus de 3200 personnes à Aubervilliers pour trois jours de conférences, de networking et de démonstrations. Notre partenaire Petit Web vous propose une séance de rattrapage.
LeWeb 2014 : la séance de rattrapage

Vers la fin du mobile ?

Le mobile est-il bientôt dépassé ? C’est en tout cas le pari de l’institut d’étude Forrester, qui présentait en exclusivité son étude mondiale sur les « wearable tech ». L’analyste James McQuivey, explique « le mobile est sur le point d’exploser ». La raison : ses différents composants sont en train d’être intégrés partout – c’est l’internet des objets – et les capteurs se rapprochent du corps – c’est la « wearable tech ». Son collègue J.P. Gownder a passé deux ans à étudier le sujet, pour « séparer l’effet de mode et la réalité »… et ses conclusions sont étonnantes.

« Les gens sont intrigués à l’idée d’avoir des terminaux « wearable ». Mieux : ils en ont assez de sortir leur portable de leurs poche à longueur de journée. » Aux Etats-Unis, 40% des personnes interrogés par Forrester se disent lassées de consulter leurs mobiles. En Europe, ils sont 21%. Autre donnée intéressante : 43% des américains se disent toujours intéressés par les lunettes connectées, malgré la mauvaise presse autour de ce sujet. Les entreprises sont aussi extrêmement intéressées : 52% des décideurs IT et Business interrogés affirment que les « wearable tech » seront un sujet important pour eux en 2015.

L’inventeur du World Wide Web appelle à la vigilance

"C'est les 25 ans du web, il est important de le préserver" prévient Tim Berners Lee. Il y a vingt ans, il créait ce qui allait changer le monde, sur son ordinateur HP, "pour faire parler les ordinateurs entre eux". Dès le lancement, le rythme est donné : "le nombre de hits décuplait de mois en mois, cela n'a jamais arrêté". Aujourd'hui Sir Tim fait partie du Web consortium et le MIT le paie pour continuer l'aventure, "car nous ne sommes encore qu'une minorité à l'utiliser." Pour lui, "il faut défendre la liberté, trouver des méthodes d'encryptage qui nous protègent, car c'est aujourd'hui la santé ou nos communications les plus intimes qui passent par le réseau. Ceux qui ont décrété la fin de la vie privée n'ont rien compris à la société."

Le père d'Internet n'est pas un grand fan de l'exposition sociale : "Je préfère un monde où l'on ne regarde pas le profil Facebook d'une personne qu'on embauche". Le droit à l'oubli n'est pas une solution : "Il faudrait supprimer simplement le informations qui sont fausses, mais réguler les informations que des instances comme les banques ou les assurances peuvent utiliser". L’inventeur du web se veut tout de même optimiste : "ne pensez pas uniquement à ce que vous développez, imaginez aussi les implications sociales de ce que vous faites. Imaginez des réseaux sociaux qui vous présentent des gens qui ne pensent pas comme vous. Car si nous restons entre personnes qui pensent la même chose, il n'y aura jamais la paix sur la planète."

Et si les applications nous aidaient à vaincre les addictions ?

LeWeb, c’est aussi, aux côtés des têtes d’affiche, une multitude de découvertes, avec de jeunes start-up et des chercheurs qui viennent présenter leurs travaux sur scène. Parmi eux, Judson Brewer, Directeur de Recherche à la UMass Medical School, chercheur à Yale et affilié au MIT. Il explique que d’un point de vue neurologique, « Facebook, c’est comme la cocaïne ». A l’image du tabac ou du sucre, « le fait de parler de soi provoque une récompense au niveau cérébral, qui pousse à répéter l’action pour retrouver la sensation de bien-être éprouvée la première fois ».

Le chercheur a participé à la création de Craving to Quit, une application pour smartphones destinée à aider à arrêter la cigarette en se fondant sur les études réalisées à l’université de Yale et des techniques de méditation. Judson Brewer ambitionne, à terme, de décliner l’application pour plusieurs cas d’addiction, à commencer par celle au sucre dont souffrent beaucoup d’obèses.

Le futur de la télé, vu par FranceTélévisions

L’événement abrite aussi de nombreux stands, à l’image de celui de FranceTélévisions, le plus riches en innovations. Beaucoup ont été réalisées en partenariat avec INRIA – Institut National de Recherche en Informatique et en Automatique. Intelligence artificielle, drone, test olfactifs… Quasiment tout y passe, à commencer par une tentative saisissante de repousser les limites de la vision. La démonstration proposée par Flyviz, assistée par un casque Oculus Rift, permet d’avoir des yeux derrière la tête. Plus loin, on cherche à faire participer un troisième sens à l’expérience télévisuelle. En recréant des odeurs, la start-up Odoravision a imaginé un orgue de parfums permettant d’ajouter l’odorat à un film, aux infos ou à n’importe quel autre programme. La solution délivre les odeurs correspondantes le temps de l’image, sans risque pour l’environnement.

Susceptible d’intéresser les médias comme l’e-commerce, mediego, actuellement incubée chez Inria mais en passe de devenir une start-up à part entière, a développé un algorithme de recommandations basé sur les affinités. Vous avez aimé ce programme ? Vos amis aussi, et d’ailleurs, ils ont regardé celui-ci, il devrait vous plaire ! Entre maliste, qui permet de sauvegarder ses programmes pour les visionner plus tard et News’Innov, on découvre aussi Golaem, entreprise rennaise lancée en 2009 et qui, à partir des travaux de l’équipe de recherche Bunkaru, a mis au point des logiciels capables de créer des foules virtuelles particulièrement réalistes. Cinéma, jeux-vidéo, les domaines d’application sont nombreux : Golaem a notamment travaillé pour Game of Thrones et Breaking Bad… Sa solution pourrait aussi permettre de mettre enfin d’accord les syndicats et la police en recréant les foules des manifestations pour compter exactement le nombre de participants.

La disruption synthétisée en une image

LeWeb est aussi coutumier des grandes déclarations. « 2015 sera l’année de la foule » a ainsi lancé Jeremiah Owyang, le fondateur de Crowd Companies, en introduction de son intervention sur la grande scène de l’événement. En mai 2014, il s’était intéressé aux disrupteurs de 6 industries : « Goods », « Food », « Services », « Transportation », « Space », « Money », synthétisant les nouveaux entrants de l’économie collaborative sous la forme d’une infographie en forme de rayon de miel. A peine six mois plus tard, il a décidé de reprendre ce travail pour s’intéresser à 5 nouveaux domaines (« Health & Wellness », « Logistics », « Utilities », « Municipal », « Learning ») tout en complétant l’infographie initiale. « Nous avons été obligés de compléter ce graphique, car la disruption s’étend très rapidement à de nouveaux secteurs. » De quoi donner à réfléchir…

Retour sur le site de la Fédération Française des Télécoms