12 sep 2012
Observatoire sociétal

La protection des jeunes sur Internet : décryptage par Laurence Allard

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Le thème de la protection des jeunes sur Internet est complexe et doit être abordée en toute connaissance des pratiques digitales juvéniles. En tant qu’adultes et parents responsables, il faut éviter à ce sujet toute tentation d’adobashing et d’imposition de nos fantasmes et idées reçues.

La protection des jeunes sur Internet... par FFTelecoms

  1. Tout d’abord que sait-on au plan des enquêtes menées en France mais aussi en Europe ou aux USA ?

Des enquêtes quantitatives montrent que les jeunes peuvent connaître en ligne des expériences de cruauté, d’intimidation ou de harcèlement. C’est le cas de 41% aux USA (enquête du Pew Institute, 2011), de 18% en France (enquête de la CNIL, 2011).

En ce qui concerne les contenus choquants : 1/3 des jeunes disent avoir été exposés à des contenus choquants (CNIL, France, 2011) dont 46% de manière involontaire sous formes de pop up (Internet Sans Crainte, Safer Internet, programme européen, 2011).

Il faut noter que parmi les contenus choquants, les jeunes interrogés pour la CNIL citent spontanément les contenus homophobes ou racistes, là où les adultes pensent d’abord pornographie.

  1. Stratégies d’auto-contrôle des jeunes

Cela peut sembler évident à certains, mais à lire certains articles et rapports sur la question, la focalisation sur des pratiques extrêmes et des cas cliniques graves, on finit par faire perdre tout bon sens : les jeunes comme les adultes n’aiment pas les mauvaises expériences en ligne comme dans la vie.

Et ils mettent en œuvre pour éviter certaines interactions à risque des stratégies d’auto-contrôle.

Une première stratégie d’auto-contrôle sur Internet a été mise en évidence par l’anthropologue des réseaux sociaux, danah boyd : contrôler pas tant l’accès aux comptes eux-mêmes mais contrôler l’accès au sens de ce qui exprimé dans les statuts. C’est une sorte de « sténographie sociale », une façon de s’exprimer sous le mode du « comprenne qui saura. », c'est-à-dire deux, trois personnes qui peuvent décoder des phrases le plus obscures aux étrangers du cercle intime.

Une seconde stratégie que j’ai pu observé est la stratégie parodique. Quand on observe ce que font les jeunes avec les contenus à caractère sexuel, on remarque l’existence de nombreuses parodies d’émissions de télévision ou de clips musicaux. Par exemple, ces remixes d’une phrase obscène extraite d’une émission de télévision qui se trouve répétée en boucle et finit par créer un effet tout simplement comique.

Cette lecture parodique des contenus à caractère sexuel, cette réception au second degré, peuvent être considérées comme relevant d’une stratégie de protection. C’est une mise à distance de contenus hypersexualisés, un décryptage parfois critique qui est opéré ici.

Et à bien y réfléchir, c’est un mode de réception bien moins passif et direct que la consommation de ces mêmes clips vidéos parfois très sexuels à la télévision.

Internet pour les jeunes représente une machine à réinterpréter au second degré des représentations culturelles hypersexualisées, qui émanent d’abord de la mode, la publicité ou la musique comme le rappelle le rapport commandé à ce sujet par Chantal Jouanno en février 2012.

  1. Le rôle des parents

Ces formes d’auto-protection que permettent justement Internet sont largement méconnues des adultes qui peuvent s’en remettre ainsi aisément aux idées reçues et autres fantasmes sur la vie des jeunes en ligne.

A cette méconnaissance parentale pouvant favoriser une sorte de panique morale s’ajoute également le fait qu’internet et le mobile constituent de fait pour les jeunes leur espace d’autonomie. Le compte Facebook ou le numéro de téléphone du portable forment les adresses personnelles d’adolescents qui vivent encore au domicile de leurs parents.
Toutes ces dimensions d’Internet peuvent effrayer les parents.

Mais de même que la technologie Internet n’est pas la cause de tous les dangers, les solutions techniques de filtrage ne peuvent à elles seules suffire à maintenir un contrôle parental éclairé.

Un conseil de bon sens est d’abord de commencer à s’intéresser aux pratiques de vos adolescents sur Internet, de surfer avec eux sur leurs sites préférées, de rire avec eux des vidéos lol et autres remixes dont on parlé. Ensuite d’en discuter avec eux comme d’un bon sujet de plus à partager au sein de la vie familiale.

  1. La technologie au service de l’enfance.

Curieusement, la façon dont la technologie Internet ou le mobile peuvent aider à la protection de l’enfance n’est pas autant mise en valeur que les risques supposés. On ne peut que recommander pour conclure la lecture du rapport de l’UNICEF, paru en décembre 2O11, consacré au rôle des technologies de communication dans la protection de l’enfance. Il y est par exemple question de l’action de l’organisation PLAN de monitoring de la violence sur les enfants par rapports mobiles ou la création de registre de naissance utilisant téléphone mobile et base de données informatiques.

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