18 sep 2012
Décryptage

Introvertis connectés, déconnectés pauvres, agriculteurs geeks : les figures méconnues des usagers des TIC

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Cette semaine mettons à l’honneur des figures méconnues des usagers des technologies de communication. Il peut être utile d’abord de commencer par un point d’ensemble sur l’équipement et les pratiques livrés par le dernier rapport du CREDOC sur « La diffusion des TIC dans la société française » (2011). Au plan européen, la France se situe en 7ème position devant l’Allemagne et le Royaume-Uni. Comme le rappellent les auteurs de cette onzième édition, les TIC se sont diffusées plus rapidement dans l’histoire que l’automobile ou la télévision.

Pour l’année 2011, 78% des français possèdent un ordinateur, 85%  disposent d’un mobile et 69% sont connectés à Internet au domicile. Parmi les enseignements de l’étude, les effets notables de la crise avec une dégradation de 3% en termes d’équipement et d’accès pour les bas revenus.

Une enquête d’Havas Médias par questionnaire sur la « France des déconnectés » vient rappeler qu’aux côtés des nouveaux « déconnectés par choix » -  jeunes et issus de classes aisées -, il existe les « non connectés subis » correspondant à une tranche d’âge de 35-59 ans et qui vivent avec moins de 1500 euros par mois. A 56%, ces derniers n’ont pas d’ordinateur et à 43% n’ont pas accès à Internet. Parmi ses français déconnectés, l’enquête pointe également les « flippés » qui soucieux de leur vie privée et sensibles aux discours sur les risques en tout genre de la vie connectée pratiquent Internet moins d’une heure par jour. En pendant à ces articles et enquêtes par questionnaire ressassant une prétendue addiction à la connexion, un article du Times vient rappeler que pour certaines personnes introverties, la vie sociale en face à face peut demeurer une source d’angoisse notamment en ce qui concerne la prise de parole. La vie en ligne pour ces « connectés introvertis » devient alors moins une source de problèmes et de risques qu’un terrain où peut s’exercer la confiance en soi et dans son expression personnelle.

Autre figure méconnue, « l’ageekculteur » Les agriculteurs, contrairement à une image d’Epinal les présentant loin de la smart city,  sont de fait quotidiennement en prise avec les innovations technologiques à travers leurs machines et leurs activités agricoles. Fort de ce constat,  il est important de rappeler les besoins spécifiques en connexions et services mobiles pour ces publics ruraux. Enfin, on apprendra que parmi les sites les plus visités en France avec 15 milliards de pages vues, on compte les sites des archives départementales et leurs publics anonymes férus de généalogie, curieux d’histoire locale, habitants de la région...

Credoc / La diffusion des technologies de l’information et de la communication dans la société française (2011)

Le onzième rapport annuel du CREDOC sur la diffusion des TIC dans la société française en 2011 est paru. Trois domaines d’équipement sont étudiés : téléphonie fixe et mobile, ordinateur et Internet et télévision. Il vient également livrer des données de comparaison européenne grâce à  l’Eurobaromètre. De ce point de vue, la France est placée au 7ème rang en Europe au plan de l’équipement avec 69% des domiciles connectés à Internet, 85% qui possèdent un téléphone mobile - 17% un smartphone - et 78% disposant d’au moins un ordinateur. Ce qui place la France avant le Royaume Uni et l’Allemagne. Les auteurs du rapport rappellent combien l’équipement en TIC s’est effectué plus rapidement en France que l’automobile ou la télévision.  La notion de fracture numérique s’affine en prenant en compte la gamme des outils de communication possédés : disposer de plusieurs ordinateurs, d’un smartphone, d’une tablette tactile constituent les marqueurs de disparités socio-économiques.  Le fossé numérique semble demeurer entre les générations au plan des données statistiques socio-démographiques avec 97% des 12-17 ans bénéficiant d’une connexion à domicile contre 27% des 70 ans et plus. Les effets de la crise sont appréhendables selon le CREDOC avec en 2011 une première dégradation du taux d’équipement et de l’accès au haut de l’ordre de 3%  pour les bas revenus.  A noter que parmi la palette d’usages interrogés (administration, achat, santé...), le CREDOC enquête sur les usages de l’Internet des objets notamment les commandes à distance des appareils ou la possibilité d’activer des radio-étiquettes par smartphone qui s’élèvent  à 4% contre 69% des français qui rejettent de tels services et un quart qui juge probable cette utilisation. 29%  des français se disent donc susceptibles de recourir aux fonctionnalités de l’Internet des objets. Chantier à suivre dans la lecture du prochain rapport en 2013 !

CREDOC Usages Equipement France  Etude - Cliquez ici pour consulter l'étude

HavasMédias / La France des déconnectées

Cette série de slides rebondit sur ce qui s’apparente au marronnier de la rentrée au sujet des TIC : la question de la déconnexion.  Cette étude qui se présente comme la première sur la « France des déconnectés » apporte quelques données quantitatives intéressantes. On y apprend ainsi que la France des déconnectés concerne 25% de la population n’ayant pas accès à Internet et dont les revenus sont inférieurs à 1500 par mois pour 57% d’entre eux.  4 populations cibles de déconnectés se trouvent identifiées. Les « non connectés subis »  et  les « déconnectés choisis », présentés comme une nouveauté générationnelle et sociale, sont bien distingués les uns des autres. Les « minitélistes » sont constitués des + de 60 ans avec 55% des retraités qui n’ont pas Internet à domicile. Les « exclus » correspondent à une tranche d’âge de 35-59 ans. Parmi ceux qui vivent avec moins de 1500 euros par mois, 56% n’ont pas d’ordinateur et 43% n’ont pas accès à Internet. Les « flippés » ont entre 39 et 59 ans, font partie de la classe moyenne supérieure et se connectent moins d’une heure par jour pour des raisons de privacy et de prévention des risques d’addiction, sur la santé etc. pris au sérieux. Les « déconnectés 2.0 » ont entre 25 et 49 ans en moyenne et possèdent un niveau de vie aisée. Ils se connectent également moins d’une heure par jour et pour des usages pragmatiques de mails, d’achats ciblés, de formalités administratives.  On pourra regretter cependant que cette étude surenchérisse in fine sur des clichés comme l’addiction prétendue aux réseaux sociaux, les risques pour les jeunes etc. en posant des questions sous un lexique psychopathologisant qu’il s’agit ensuite de simplement quantifier. Sur ce genre de problématiques sensibles, les biais introduit par l’enquête par questionnaire et notamment la formulation des questions doit rester un souci constant. Notons cependant que le but de cette enquête n’est tant pas de connaître les pratiques en tant que telles mais d’identifier des cibles dans la France des déconnectés et d’imager des offres de service permettant de les reconnecter. Enfin le téléphone mobile n’est pas présent dans ce tableau des déconnectés français et de fait la fracture mobile est moins forte avec le portable dont la diffusion couvre quasi toute la population française. La conclusion sur la nécessité ressentie de trouver un équilibre entre connexion et déconnexion rejoint partiellement les résultats de l’enquête de la Fédération Française des Télécoms. Dans cette enquête de la FFTélécoms , il est montré qu’il ne s’agit pas tant d’une alternative entre connexion et déconnexion ou même d’un équilibre idéal à quêter mais que la connexion se pratique au jour le jour à travers des déconnexions partielles qui sont  les réponses pragmatiques des usagers aux risques supposés de tels ou tels réseaux sur tels ou tels publics qu’ils ressentent personnellement ou dont ils entendent parler dans les discours tout fait sur le numérique. 

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Times / Pourquoi les gadgets sont importants pour les introvertis ?

Il y a donc  des déconnectés qui devant les risques supposés ou vécus d’attachements à la connexion ont la possibilité de choisir de se débrancher d’un service ou d’un autre. Mais comme le rappelle cet article du Times, il existe également un bienfait personnel  à la connexion pour tous ceux dans la vie réelle se sentent  « déconnectés. » Ce sont les « introvertis » qui à travers internet ou le portable arrivent à communiquer avec d’autres quand par ailleurs timidité ou manque de confiance en soi rendent la vie sociale en face à face difficile à vivre. Un philosophe américain, Emerson, a, son temps, désigné comme la self reliance cette capacité à prendre confiance dans son expression comme condition de l’autonomie personnelle. Il est possible de considérer les réseaux sociaux, les forums de discussion et autres  espaces de commentaire comme les terrains d’expérimentation d’une prise de parole qui permet à des personnes introverties de s’exprimer comme d’autres parviennent à le faire brillamment en société. Dans différents domaines notamment en matière de participation politique, cette prise en compte des qualités expressives  d’internet peut être considérée comme  une conquête démocratique. L’article se conclue d’ailleurs sous cette problématique d’une démocratisation de l’expression par les « gadgets communicants.» Ne se déconnecte pas qui veut...

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RSLN / Les métiers transformés par le Numérique : l’a-geek-culteur

Le magazine RSLN présente une série sur les métiers transformés par le numérique et de façon tout à fait opportune s’attache aux agriculteurs. Commençant par rappeler que le secteur primaire emploie 1 million d’actifs, l’auteur synthétise les enseignements de l’Université d’été des territoires numériques (RuralTIC) concernant la rencontre entre numérique et monde agricole. Une rencontre qui s’avère dès plus vitale pour une population dont la relation aux innovations technologiques est devenue ordinaire comme le clame cet « ageekculteur » auto-désigné en évoquant des tracteurs plus intelligents et débordant d’électronique que le 4/4 des villes.  Quatre domaines numériques peuvent être fécondés selon lui : les services de météo ; d’enregistrements des actes (pesticides, naissance/décès du cheptel...), conseils agricoles et ressources (maladies des plantes ...) et activités commerciales (ventes directes, achats groupés, gîtes ruraux...). Cet « ageekculteur » insiste sur les besoins forts en réseaux mobiles 3G spécifiques à une profession dont l’espace professionnel se situe en plein air. Autre chantier en friche dont l’article ne traite pas, l’internet des objets qui à travers des réseaux de capteurs en tout genre permettra de poursuivre l’automatisation de certaines tâches comme la traite ou le suivi en temps réel de données météo, de teneur en pesticides etc.

Agriculture Réseau3G Services - Lire l'article

Quoi Info / Quels sont ces sites français inconnus aux 15 milliards de pages vues ?

Pour conclure cette veille consacrée aux usagers méconnus des réseaux télécoms, attardons nous sur les visiteurs anonymes mais massifs des sites des archives départementales numérisées françaises.  Des usagers - férus de généalogie ?  curieux de mémoire locale ? chercheurs étrangers ? l’article ne le dit pas...-  qui se compte par millions. Suivant la ministre de la Culture qui indiquait dans un entretien au Monde du 11 septembre 2012 que « la culture était le disque dur du politique et que les nouvelles technologies pouvaient nous lier à notre histoire », les archives départementales du Tarn ont attiré 65 millions de pages par an en 2009.  Ce billet met en avant des chiffres peu connus qui manifestent l’engouement pour les sites des archives départementales. Pour 73 départements du pays, ils comptabilisent plus de 30 millions de visites et plus de 1,5 milliards de pages vues en 2011. Ces sites se situent ainsi dans le top 15. Sur la base de ces données  de statistiques de fréquentation des sites d’archives départementales, le billet livre une cartographie utile qui met en lumière des usages qu’il reste à connaître plus finement.

Archives Numérisation Patrimoine - Lire l'article

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