25 sep 2012
Décryptage

Innovations et souci de la vie privée des usagers : bug Facebook, télévision connectée, tourisme biométrique.

35
MIN
Difficile d’échapper à l’actualité de la semaine, à savoir le « bug » Facebook et la publication malencontreuse d’anciens messages privés sur la timeline des abonnés. Les nombreux commentaires auxquels aura donné lieu cette énième alerte sur les risques encourus pour la vie privée sur les réseaux sociaux demeurent typiques d’une tension entre innovations technologiques et risques sociaux bien connue par les historiens sous le nom de «panique morale médiatique.»

Parmi les usages innovants qui sont ainsi traités sous l’angle des risques plus que des opportunités, la télévision connectée qui fait l’objet d’une surveillance de la CNIL au sujet des données personnelles collectées et utilisées à des fins de profilage des nouveaux téléspectateurs. Ce sont également les équipements en capteurs des téléviseurs connectés qui sont épinglés par l’instance chargée de veiller à la protection des données personnelles et soupçonnés de donner lieu à des tracking des comportement à travers les interfaces gestuelles ou de reconnaissance faciale.

Autre champ d’innovations en matière de réseaux, le tourisme, dont il s’agit de distinguer l’acceptable de l’inacceptable notamment à travers l’usage des conversations entre touristes et assistants virtuels ou de la biométrie pour personnaliser toujours plus avant les prestations. Les tendances technologiques des médias en ligne présentées aux USA sont encore placées sous le signe de la confiance à établir avec notamment la mise en place de systèmes de vérification des informations. Pour conclure sur des innovations qui ont trouvé un usage populaire, signalons les 30 ans du smiley qui apporte une touche d’émotions non verbales dans le monde numérique.  

Slate / Cinq réactions au «bug Facebook»

Le 24 septembre 2012, un article du quotidien gratuit « Métro » alimente tweets et statuts Facebook : certains ont cru lire sur leur mur des messages personnels envoyés depuis la boite de réception. Bug ou hallucination collective ? Cet article livre une brève chronologie d’un énième épisode de la « guerre de la privacy » que symbolise le premier site mondial de réseau social. Dans un premier temps, Facebook communique sur le caractère public des anciens messages qui auraient été malencontreusement rendus visibles. Les dirigeants de Facebook proposent une explication « sémiotique » sur la possible confusion entre messages personnels et statuts qui peuvent rétrospectivement avoir une apparence similaire puisqu’avant 2009 les publications n’étaient pas commentées ou susceptibles d’être « likées. » Une seconde explication est avancée d’ordre pédagogique, bug ou hallucination collective, toute publication sur Internet devient publique. La nécessité d’une éducation à ce que Jeff Jarvis a désigné comme la « publitude », notion précédemment discutée dans cette veille, ressurgit à travers ce soupçon de bug. L’éducation à la « publitude » suppose la prise de conscience que la vie privée, la subjectivité, l’intimité à partir du moment où elles se trouvent exprimées à travers quelques mots, une image ou un tag font irruption dans un espace public, même réduit à quelques « amis.» L’article cite cette conclusion d’un article du Guardian emblématique du caractère parfois irréfléchi et spontané de nos expressions sur les sites de réseaux sociaux :  «Je peux uniquement imaginer que plutôt que d’avoir été induits en erreur par un design peu clair, ceux qui aujourd’hui ont confondu des messages privés avec des publics n’ont plus le souvenir de l’âge d’or de l’amour libre sur Facebook, où nous étions tous trop excités pour être plus intelligent.» Parallèlement, des appels à un crowdsourcing du  #facebookbug comme il est désormais vilipendé sur les réseaux sociaux sont lancés. Et alors que chacun commente cet épisode, une réaction officielle intervient émanant d’Arnaud Montebourg, le ministre du Redressement productif et et Fleur Pellerin, la ministre déléguée chargée des Petites et moyennes entreprises, de l'innovation et de l'Economie numérique. Dans un communiqué de presse, ils notifient leur saisie de la CNIL afin que Facebook indique clairement s’il s’agit « d'une modification impromptue de la présentation des données qui a désarçonné les utilisateurs? Ou y a-t-il eu rupture de confidentialité à travers la publication de messages privés?» Dernière péripétie, la chute de l’action Facebook de 9% dans un contexte de baisse continue de 40 % depuis le début de la cotation boursière de l’entreprise. Une conclusion symbolique des bonheurs et des malheurs de la vie privée au temps du numérique ?

Privacy Facebook Bug - Lire l'article

CNIL / La télévision connectée : quels enjeux pour la protection de la vie privée ?

La télévision connectée représente un chantier d’usages innovants permettant à la fois d’avoir accès à des services type VOD, catch up TV ou encore de pouvoir visionner des contenus issus du web (vidéos...) ou des commentaires sur les programmes postés sur les réseaux sociaux. La CNIL souhaite interroger les acteurs de l’écosystème de la télévision connectée sur leur recueil et leur utilisation des nombreuses données personnelles (mesures localisées d’audiences, publicités ciblées, information livrées par l’utilisateur...). La personnalisation des services de la télévision connectée suppose une connaissance indirecte ou directe des habitudes de consommation en termes de programmes regardés et de graphes sociaux ainsi que d’informations de géolocalisation. L’équipement en capteurs sur certains téléviseurs proposant une interface gestuelle ou par reconnaissance vocale et faciale - notamment pour certains services de contrôle parental – pourrait permettre, suivant la CNIL, de profiler plus avant les comportements des téléspectateurs. La CNIL annonce donc la publication prochaine de préconisations sur la nécessité de l’information aux personnes et au respect de leur vie privée à l’attention des acteurs du secteur de la télévision connectée : équipementiers, FAI, chaînes de télévision.

Privacy  TélévisionConnectée CNIL - Lire l'article

VeilleTourisme / Voyages et technologies à l’horizon 2020

Ce billet anticipe des services touristiques basés sur des innovations technologiques en cours de déploiement. Il mentionne notamment les services utilisant le NFC et le paiement mobile adaptés au mieux pour des consommateurs en déplacement. Le téléphone mobile y est considéré un terminal dont la taille de l’écran pourrait être « agrandie » par la reconnaissance vocale et visuelle. Autre élément d’enrichissement des prestations touristiques, les assistants virtuels et systèmes intelligents nourris aux données des utilisateurs qui pourraient interagir sous un mode personnalisé avec les voyageurs comme c’est le cas déjà avec la présence d’hologrammes aux portes de certains aéroports comme New York ou Washington. L’article mentionne que les conversations enregistrées lors de ces interactions pourraient ensuite fournir des informations pour affiner la connaissance personnelle des voyageurs. Le statut de ces enregistrements laisse perplexe comme l’auteur de l’article semble l’être devant les usages de la biométrie dans le tourisme, entre « acceptable et inacceptable. » Ce sont par exemple les données concernant les expressions faciales et les rythmes cardiaques qui peuvent renseigner sur les comportements des touristes dès lors qu’elles sont renvoyées vers un ordinateur et non plus seulement pratiquées à des fins de sécurité. Cet article misant sur le NFC, l’assistant virtuel et la biométrie projette un horizon d’usages innovants non encore advenus sous le signe des risques encourus pour la vie privée mais aussi de la fluidité rendue ainsi possible dans le tourisme.

Tourisme NFC Biométrie Privacy - Lire l'article

MetaMédia / 10 tendance tech aux USA

Les tendances technologiques pour les médias en ligne livrées par l’Online News Association sont en général très attendues. Le veilleur des usages innovants de France Télévisions, Eric Schérer nous en dévoile la teneur. Et c’est encore sous la problématique de la confiance avec le public qu’il reste à conquérir que ces tendances se placent. D’une part, les systèmes et plateformes de vérification devançant la méfiance des publics devant l’information en ligne avec par exemple une application de reconnaissance des publicités électorales permettant de fournir des informations contextualisées sur le financement ou la vérification des arguments énoncés. Et cela semble d’autant plus nécessaire que les algorithmes sont développés afin de tirer d’un contenu (dépêche, document audio...) un article qu’il sera difficile de distinguer d’un article rédigé par un journaliste. Parmi les autres tendances, la vidéo devenant le contenu roi des médias en ligne et des marques avec des applications permettant de crossposter des images sur tous les écrans existants. Des écrans pluriels pour lesquels sont conçus des contenus au design interactif élargi permettant non seulement des navigations comparables entre ordinateurs, tablettes et smartphones mais aménageant une fluidité dans la pratique des programmes que l’on écoute, visionne et lit sous différents terminaux et dans différentes situations au cours d’une journée. Enfin, à noter un modèle d’affaire de « formation dynamique des prix.» Il consiste à faire payer suivant le statut, le profil et l’historique de navigation les internautes. Ce qui suppose que les médias en ligne connaissent beaucoup de nous...Est ce souhaitable encore une fois ?

Médias Innovation Tendances USA - Lire l'article

MemoClic / Le smiley a 30 ans

Pour conclure sur une note d’histoire d’Internet positive face à des innovations présentées souvent sous leur jour parfois critique, rappelons que le smiley a été  imaginé il y a 30 ans déjà par un enseignant en informatique de l’université Carnegie Mellon à Pittsburgh, Scott E. Fahlman. Il aurait proposé d’utiliser dans un mail du 19 septembre 1982 les deux symboles J et L afin de ponctuer les plaisanteries des messages sérieux. La paternité est contestée par certains qui évoquent la présence de ces symboles dans des représentations graphiques du XIXème siècle. Indépendamment des questions de paternité, l’usage du smiley n’a cessé de s’étendre des mails aux SMS et la palette s’est élargie. Le succès de ces symboles est à rapporter au caractère massivement verbal des échanges socio-numériques. En effet, insérer des smileys permet de ponctuer un discours palliant à l’absence d’intonation vocale ou d’expressions du visage et d’ajouter une dimension d’oralité à un texte.

Histoire Smiley Usage Texte - Lire l'article

Retour sur le site de la Fédération Française des Télécoms