10 juil 2012
Décryptage

Histoire d’Internet, mémoire des réseaux sociaux, actualité de ses usages innovants

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Alors que les services du Minitel ont été fermés définitivement le 30 juin 2012 et que les historiens se penchent désormais sur cette « enfance du numérique » en France, il est intéressant de revenir sur l’histoire d’internet comme nous y invite plusieurs articles.

Howard Rheingold rappelle ainsi que The Well, l’ancêtre des sites dits de réseaux sociaux est né en 1985 et a regroupé telle une « communauté virtuelle » des contributeurs qui communiquaient par simples contenus textuels à la vitesse des modems pour notamment rassembler des fonds et soigner la maladie de l’un des enfants des contributeurs.

Autre projet historique à l’origine du Web, le projet Memex décrit en 1945 comme un ensemble de documents représentant la mémoire d’un individu et pouvant être consultés par des liens (web of trails) afin de correspondre au mieux à l’esprit d’association de l’esprit humain. C’est en se référant à cette vision d’une mémoire externalisée et partagée avec d’autres que le co-fondateur de la firme Google a décrit l’un des usages possibles des lunettes de réalité augmentée lancée récemment. Cette conception machinique de la mémoire se trouve discutée ici par un article restituant cette innovation dans une histoire plus longue d’Internet. Quant à l’actualité du réseau, elle est à la fois politique et économique cette semaine. Ainsi, le site Twitter s’inscrit dans la problématique de la transparence digitale en publiant le nombre de demandes d’informations sur ses utilisateurs émanant des Etats ou des ayant droits. L’économie des jeunes pousses numériques est passée  au crible dans une étude qui en livre des signes de bonne santé tandis qu’une insolite infographie calcule les coûts divers d’un monde sans internet.

The Altantic / L’ancêtre des sites de réseaux sociaux

Ce billet est rédigé par Howard Rheingold qui a participé à l’ancêtre des premiers réseaux sociaux en 1985, The Well, fondé par l’un des directeurs de la branche philanthropique de Google (Larry Brilliant) et Stewart Brand, le créateur d’un genre de catalogue unique, Whole Earth Catalog, inspirateur de la problématique du DIY qui possède une grande actualité dans la culture numérique contemporaine. L’auteur de l’article est également connu pour avoir créé le concept de « communauté virtuelle » afin de décrire ce type de regroupement utilisant à l’époque des modems et du texte pour créer du lien social. Il raconte combien le public de The Well était iconoclaste, associant des artistes, des éducateurs, des journalistes ou des hackers. L’une des premières actions, au sein de ce qui était alors désigné comme une « communauté virtuelle » et non un site de réseau social, a été de récolter des fonds pour aider un père connu sous le pseudo de « Philcat » qui venait d’apprendre que son fils était atteint de leucémie. Les détails pratiques mentionnés par Howard Rheingold comme la taille du serveur de The Well, qui toujours actif aujourd’hui a basculé dans un service de cloud computing, la vitesse de connexion limitée des modems et les échanges de contenus purement textuels contribuent à nourrir la mémoire des réseaux sociaux et de l’histoire d’Internet. Dans un monde digital vivant en temps réel, ce retour vers le passé est plus qu’instructif, il est salutaire.

Histoire Internet TheWell SNS

BBC / Les lunettes de réalité augmentée comme outsourcing de la mémoire humaine ?

Alors que Google a lancé il y a quelques semaines des lunettes permettant de visualiser l’environnement en réalité augmentée, des béta testeurs ont filmé leurs démos de cet appareillage. Selon Sergueï Brin, co-fondateur de Google, les vidéos de démos de ces lunettes AR  laissent imaginer que l’on puisse « outsourcer des éléments de notre esprit et de notre mémoire. » L’auteur de l’article se saisissant du projet  Google Glass rappelle avec utilité que  cette problématique d’une mémoire externalisée et partagée avec d’autres est à l’origine même du web et d’internet. Il cite le célèbre projet Memex de Vannevar Bush décrit dans l’essai « As we may think » de 1945 comme la possibilité d’enregistrer, de conserver et de pouvoir consulter des livres ou des pensées suivant un mode associatif (a web of trails) qui correspondait pour cet ingénieur au fonctionnement de l’esprit humain. A cette vision , que poursuivent sous un mode plus portatif que jamais les lunettes en AR, de cette mécanisation de la mémoire, de cette prise en charge machinique de la mémoire s’oppose pour l’auteur une conception plus intérieure de l’expérience et une représentation plus imparfaite de la mémoire. On pourra objecter que ces premiers usages de ces lunettes relèvent d’une démonstration tournée vers l’exploit personnel mais que des usages plus collectifs, civiques ou humanitaires pourraient être développés plus avant.

AR Lunettes Memex Histoire

Mashable / La politique de la transparence selon Twitter

La problématique de la transparence est avancée par de nombreux acteurs qu’ils soient politiques ou industriels. Elle pourrait être discutée en tant que telle mais il est intéressant de noter que les outils numériques sont convoqués et utilisés pour concrétiser un mode de gouvernance reposant sur une factualité responsabilisante. Ainsi Internet comme espace de publication ou le mobile comme terminal de monitoring permettent à la fois de procéder à des constats et de les rendre publics. Par conséquent, des faits et méfaits peuvent être connus d’un grand nombre qui peuvent à leur tour les partager et les combattre. Dans ce cadre, la firme Twitter s’inscrit elle-même dans cette problématique et rapporte le nombre de demandes d’informations sur les utilisateurs par les gouvernements ou de retraits de contenus en applications de différences lois notamment autour de la propriété intellectuelle. A la lecture de ce rapport de transparence, 1181 demandes ont été effectuées par des gouvernements, dans la majorité des cas aux USA et 63% d’entre elles ont été validées. A noter que Twitter vient d’être assigné par un juge de New York de lui livrer des informations sur un manifestant du mouvement Occupy Wall Street alors que le site estime que les données des utilisateurs leur sont personnelles.

Twitter Privacy Transparence

Les Echos / Les start-ups numériques confirment leur potentiel économique

La santé économique de l’économie numérique préoccupe de nombreux acteurs de ce secteur clé. Cette étude menée par le cabinet Ernst & Young par le biais de questionnaires envoyés à plus de 108 sociétés financées par le capital-risque est instructive.  Plus de la moitié de ces sociétés sont basées en Île-de-France pour les années 2010 et 2011 et ont été créées en moyenne, il y a sept années et pour 80% d'entre elles, le chiffre d'affaires est inférieur à 15 millions d'euros. Avec une croissance du chiffre d’affaire entre 2010 et 2011 de 33%, le secteur montre un fort potentiel avec un résultat inattendu et prometteur de la part représenté par l’International hors de l’Europe (28%). Concernant les effectifs, l’étude nous apprend que les effectifs ont augmenté dans 83% des sociétés ayant répondu à l’enquête avec un âge moyen des salariés de 32 ans et sous CDI à 87% dont 2/3 possèdent un diplôme supérieur ou égal à Bac +2. Enfin, 67% des jeunes pousses interrogées constituent des Jeunes Entreprises innovantes et disposent à 70% des fonds OSEO. C’est donc un écosystème reposant à la fois sur l’entrepreneuriat, l’investissement et les aides de l’Etat qui se fait jour à travers cette étude qui en conclut une certaine fragilité des start up numériques françaises.

Economie StartUp France

Education DataBase Online / Un monde sans Internet

Après l’histoire d’Internet qui demeure en filigrane des récentes innovations  et son actualité économique, terminons par cette infographie visualisant le coût d’un monde sans Internet. Ce site spécialisé dans l’éducation en ligne montre ainsi que la possession de la collection complète de l’Encyclopédie Britannica suppose de pouvoir débourser près de 1200 dollars et que l’équivalent en lettres timbrées des mails envoyés correspond à un coût de 6,3 milliards de dollars. L’infographie met également en scène les 100 000 tweets envoyés par minute ou les 30 milliards de contenus partagés sur Facebook en un mois qui ne coûtent rien dans l’économie du crowdsourcing tout en rapportant beaucoup à ces firmes. Ce qui n’est pas sans poser d’autres questions...

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