24 déc 2013
Décryptage

Entretien avec Rafi Haladjian pionnier des objets connectés. Son ambition ? Rendre n'importe quel objet connecté

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Entrepreneur français historique de l'internet, Rafi Haladjian est un pionnier des objets connectés en lançant le lapin Nabaztag en 2006. Cette année à la conférence LeWeb, il présentait Mother, le tout nouveau objet connecté multi-usages produit par l’entreprise Sen.se, qu’il a fondé en 2009. Son ambition ? « Rendre n’importe quel objet connecté ».
Entretien avec Rafi Haladjian

La vidéo de présentation de Mother laisse présager des usages révolutionnaires, pouvez nous présenter son fonctionnement ?

- On veut que l’utilisateur puisse continuer à vivre normalement : c’est cette volonté qui a guidé la conception de notre produit. La pièce centrale, la « Mother »,  récupère les données transmises par des « Motion Cookies », de petits galets fins dotés d’un processeur, d’un accéléromètre et d’un thermomètre qui peuvent être fixés à presque n’importe quoi pour répondre à vos préoccupations du moment. Vous souhaitez dormir mieux ? Posez un Motion Cookie sous votre matelas pour suivre votre rythme de sommeil. Vous voulez surveiller votre hydratation ? Accrocher un Motion Cookie à votre bouteille d’eau et le tour est joué. Les résultats de l’activité,  des conseils et des alertes sont ensuite disponibles sur le mobile, tablette ou ordinateurs de l’utilisateur. 

Comment voyez-vous évoluer le marché des objets connectés, alors qu’une foule de produits apparaissent sur le marché ?

-  Fondamentalement, le défi avec les objets connectés n’est pas de repérer un usage précis pour fabriquer un objet ad-hoc mais de concevoir un environnement flexible ou chaque usage peut trouver une place. Il ne nous paraît pas concevable de payer des centaines d’euros par objet, c’est pourquoi il faut proposer un objet qui s’adapte à plusieurs usages. Avec Mother, nous n’avons pas essayé de fabriquer un objet cool de plus, notre enjeu était de créer pour le grand public un environnement avec 30 à 40 objets communicants et pas simplement 2 ou 3.

Dix applications sont disponibles avec le pack initial, comment comptez-vous étendre ces possibilités ?

- Nous offrons un pack de départ pour que les premiers utilisateurs de Mother puissent avoir un choix varié mais nous mêmes, nos partenaires et des développeurs tiers vont développer d’autres applications. Via l’application Mother, l’utilisateur aura accès à un appstore et pourra faire de plus en plus de choses avec le même appareil. Ces applications seront gratuites car on considère que certaines choses doivent être gratuites quand elles ne nécessitent pas de couts extérieurs.

Les réseaux télécoms vont-ils devoir s’adapter pour supporter l’arrivée de ces nombreux objets connectés ?

- Il n’y a rien à changer ! La question se pose véritablement pour des implantations urbaines ou dans l’univers du Machine-To-Machine mais un écosystème comme Mother s’adapte aux infrastructures qui sont déjà chez les particuliers dans le monde entier. La connexion se fait à travers les routeurs traditionnels que les utilisateurs ont chez eux et par l’internet tel qu’il existe déjà. De plus, les quantités transférées sont infinitésimale, par rapport à la bande passante nécessaire pour visionner une vidéo par exemple. Il est clair que les Box pourraient à l’avenir prendre ce rôle de concentrateur des objets connectés du foyer. Cependant, au delà du fait que la Box est une singularité française, cela représente un vrai challenge technique, notamment en termes d’opérabilité.

Quels conseils donneriez-vous à un entrepreneur souhaitant se lancer sur ce marché des objets connectés ?

- Ne pas y aller si on n’a pas deux millions d’euros ! Pour une application ou site web, avec un peu de talent il est possible de démarrer dans son garage, pour sortir quelque chose de géniale mais pour les objets connectés les coûts sont énormes. Même en étant un génie de l’électronique, du designer aux conteneurs sur les bateaux, je ne vois pas comment se lancer dans cette aventure sans 2 millions d’euros devant soi !

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