14 oct 2014
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Edito de Yves le Mouël : « Vos données m’intéressent » !

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Comment ne pas être interpellé par les résultats de l’étude « Les français et la data : je t’aime moi non plus » réalisée pour Havas Média par l’Institut Toluna révélant que sur les 1000 internautes de 15 à 64 ans interrogés en août dernier, 45% se disent prêts à accepter le suivi de leurs données numériques en toute transparence moyennant des contreparties financières et 42%, contre des contreparties non financières (miles, réductions, cadeaux, …).
Edito de Yves le Mouël : « Vos données m’intéressent » !

Plus encore, selon les analystes de chez Havas, pour les plus jeunes- « les data natives »-, la méfiance quant à l’usage de leurs données numériques ne serait plus de mise et ils auraient déjà basculé dans une logique économique consistant à tirer profit de la captation de leurs données par autrui.

La quantification de ces tendances comportementales révèle la maturité intuitive des internautes qui ont globalement et rapidement pris conscience de la valeur de leurs données numériques. Certes, ils sont encore déchirés, plus ou moins profondément selon les tranches d’âge, entre d’une part,  la méfiance vis-à-vis des usages frauduleux qui pourraient être faits de leurs données et d’autre part,  une forme de fatalisme qui conduit certains d’entre-eux à vouloir au minimum, tirer avantage d’une situation qu’ils ne pensent plus pouvoir maîtriser. Mais, cette évolution illustre d’abord le fait que l’internaute a désormais compris que rien n’était gratuit sur le web et que chaque fois qu’il accédait à un service sans bourse délier, c’est qu’il était lui-même le produit.

Dans les années 70, une grande institution bancaire lançait une petite bombe médiatique qui eut un certain retentissement, en affichant crânement dans les stations du métro et dans ses spots publicitaires à la télévision, le slogan « votre argent m’intéresse ». On peut regretter qu’aujourd’hui les grandes sociétés du web qui sont devenues les plus grands collecteurs de données du monde, ne fassent pas preuve de la même audace médiatique en déclarant aussi franchement à leurs publics : « vos données m’intéressent » ! Un tel acte de sincérité aurait au moins le mérite de la transparence vis-à-vis du consommateur et pourrait déboucher sur une nouvelle forme de rapports entre tous les acteurs de la chaîne de valeur du numérique. Le consommateur-producteur de données serait par exemple informé , que la nouvelle icone qui est apparue sur l’écran de son smartphone à l’occasion d’une mise à jour du système d’exploitation de son terminal et qui va désormais lui livrer des informations permanentes sur sa santé, n’est ni plus ni moins que la traduction de toutes les données qu’il a livrées sur lui-même et de leur compilation avec les milliards de données fournies par ses semblables, grâce à un ingénieux processus algorithmique développé par son fournisseur de service.

Pourquoi ne pas imaginer dès lors un meilleur partage de la richesse produite entre tous les acteurs, en considérant que le fournisseur de données numériques exploitées devrait, selon le vieil adage « tout travail mérite salaire », bénéficier d’une légitime valorisation de sa contribution?  Il va de soi que le premier retour à attendre de cette contribution se situe dans le service offert, mais il n’est pas illégitime d’estimer aussi que les acteurs bénéficiant de la collecte et l’exploitation des données doivent restituer une partie de la valeur captée, via l’impôt. C’est à ce jour, la façon la plus démocratique d’assurer une répartition équitable des richesses, en élargissant la base taxable à tous les exploitants de ces données. Il paraitrait d’ailleurs tout aussi légitime d’imaginer que l’exploitation des données publiques qui constituent, selon les spécialistes, un gisement de richesses très prometteur, bénéficie à tous les acteurs économiques, sans exception de taille ou d’origine, dès lors que ceux-ci satisfont « loyalement » à la réglementation et au régime fiscal de leur pays hôte.

Si le slogan « vos données m’intéressent » n’a aujourd’hui qu’une existence subliminale, c’est bien que les conséquences de sa proclamation ne sont pas encore assumées par les principaux acteurs concernés, dans le cadre réglementaire et fiscal actuel qui reste lui-même à adapter. La Fédération Française des Télécoms agit donc au quotidien avec ses membres, à la fois pour faire évoluer ce cadre réglementaire et fiscal en faveur de la localisation en France et en Europe de la richesse issue des données numériques collectées sur ces territoires, mais aussi, tout aussi ardemment, pour développer un climat de confiance de la part des utilisateurs, en s’engageant activement dans la protection de leurs données numériques.

Yves Le Mouël - Directeur Général FFTélécoms

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