5 déc 2012
Décryptage

Du SMS au Big Data, les données personnelles au cœur de la vie connectée

Alors que le chiffre moyen d’envoi de SMS par mois pour les abonnés au mobile est passé de 53 en 2008 à 201 en 2011 et que cette fonctionnalité fête ses 20 ans d’existence, la veille de la semaine s’intéresse à la problématique vive des données personnelles dans la vie connectée.

 

Alors que le chiffre moyen d’envoi de SMS par mois pour les abonnés au mobile est passé de 53 en 2008 à 201 en 2011 et que cette fonctionnalité fête ses 20 ans d’existence, la veille de la semaine s’intéresse à la problématique vive des données personnelles dans la vie connectée.

En plus des flux de SMS qui ne cessent de croitre depuis une vingtaine d’années, les réseaux sociaux ont fait émerger une nouvelle vague de données personnelles rendues publiques. Ainsi, l’humanité génère désormais plus de données en deux jours actuellement qu’elle ne le pouvait jusqu’alors en deux millions d’existence. Cette nouvelle vague de données venues s’ajouter aux SMS constitue une nouvelle ruée vers l’or. On estime à 315 milliards d’euros, pour l’année 2011, la valeur totale des données personnelles des consommateurs européens.

Aux SMS et aux contenus personnels divulgués plus ou moins intentionnellement sur les réseaux sociaux, s’ajoutent désormais les données personnelles issues de la dernière phase d’innovation que constitue l’internet des objets. Les premières offres d’objets connectés semblent promouvoir des usages privatistes de la mesure de soi (Self Quantified). Exposer ses données corporelles est décrit comme une nouvelle tendance issue de cette offre d’objets intelligents du type balance connectée mais qu’il faudrait plus avant ethnographier pour en connaître les véritables pratiques.

La problématique du respect de la vie privée se trouve encore une fois avancée comme une sorte de rempart face au déluge de données dont nous sommes plus ou moins consciemment les pourvoyeurs à travers les différents services auxquels nous nous connectons.

Il reste donc à faire mieux connaître l’extension du domaine des données et des questions qu’elle soulève comme il a en a été question au sujet de la dernière campagne de Barack Obama usant du data mining pour mobiliser plus efficacement encore son électorat.

 

Libération / Données le vertige

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Cet article vient rendre compte des flots de données que le numérique et les terminaux connectés ont engendré. L’augmentation de la capacité de stockage est un bon indicateur de cette évolution. De quelques mégaoctets stockés il y a 20 ans sur des disques durs, les volumes sont désormais supérieurs au pétaoctet.  Lorsque l’on parle du déluge contemporain des data, il faut savoir que cela concerne tout autant les pratiques les plus ordinaires - du SMS envoyé à la photo partagée sur les sites de réseaux sociaux - que l’historique de navigation sur le web ou les recherches effectuées sur Google qui sont stockées sur les ordinateurs ou dans des serveurs externes. Pour une minute dans le monde entier, ce sont 350 000 tweets, 15 millions de SMS et 200 millions de mails envoyés.  Selon l’institut IDC, 1,8 zettaoctet de données (soit 1021 octets) ont été générées en 2011. Nous sommes plongés aujourd’hui dans le temps des Big Data. Aux données produites par les humains, il faut, dans le cadre d’une anthropologie non compétitive comme nous l’avons indiqué dans la veille précédente consacrée à l’Internet des Objets, prendre en compte également les dispositifs communiquants comme les capteurs et le M2M.

Ces données qui sont parfois en open data et issues d’objets bavards doivent cependant continuer à être interprétées et donc doivent être traitables. Ce domaine des Big Data constitue un nouveau domaine de recherche et d’innovation. Des start up spécialisées dans le traitement des Big Data voient le jour qui, par exemple, modélisent une audience télévisuelle à partir des conversations sur Twitter. Des logiciels sont conçus pour permettre d’agréger différentes données médicales (OMS, Google News...) pour établir la carte des différents foyers de différentes maladies dans le monde. Des appels d’offre sont lancés pour développer les technologies d’exploitation des Big Data comme en France avec une enveloppe de 25 millions d’euros à la clé. Car c’est par leur traitement que ces données générées par nos activités en ligne prendront de la valeur...pour ceux qui sauront les exploiter.

BigData iot M2M

 

01 Net / Vos données personnelles valent 315 milliards d’euros

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Les données issues des pratiques numériques connectées constituent une manne financière en puissance. Une étude du Boston Consulting Group réalisée avec 3 000 personnes en Allemagne, aux Pays-Bas et en Pologne a estimé pour l’année 2011 la valeur totale des données personnelles des consommateurs européens à 315 milliards d’euros avec une prévision à 1 000 milliards pour 2020. La montée en équipement des smartphones dans le monde explique en partie cette explosion des jeux de données. Leur valorisation constitue pour les auteurs de l’étude un levier de croissance qui pourrait être équivalent à 8% du PIB en 2020. Ce sont les données ciblées qui possèdent un potentiel important comme les informations de déplacement ou de centres d’intérêt. Elles proviennent de nos usages de services auxquels on abandonne sans trop y penser beaucoup d’informations personnelles. Un marché où nous échangeons un service contre des données sans forcément bénéficier d’un retour financier...

Data Service PIB

 

French Web / [Internet des objets] Répandre ses données personnelles, la nouvelle tendance?

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De nombreuses réflexions ont été rédigées au sujet des données personnelles déposées intentionnellement ou calculées à notre insu  sur les sites de réseaux sociaux. Cette problématique quelque peu binaire d’une vie privée qui existerait en tant que telle et qu’Internet viendrait malmener se retrouve reconduite à travers le développement d’une offre de terminaux permettant d’effectuer différentes mesures corporelles. Après les photos personnelles publiées sur Facebook, ce sont désormais les courbes de poids ou les électrocardiogrammes qui sont partageables grâce à l’offre du marché du Soi Quantifié. Ce concept a été lancé en 2007 par deux éditeurs du magazine consacré aux nouvelles technologies Wired et bénéficie aujourd’hui du développement des applications pour smartphones et de la miniaturisation des capteurs (pas toujours de qualité et dont les mesures par conséquent peuvent être parfois totalement erratiques). Ce billet suppose qu’il existe une nouvelle tendance consistant à partager des mesures corporelles personnelles mais il s’appuie avant tout sur la description de l’offre de services de Soi Quantifié. Balances connectées, applications mobiles pour les adeptes de la course à pied ou du tracking de ses activités sexuelles, brosse à dent Bluethooth analysant l’hygiène bucco-dentaire et attribuant de bons points convertibles en promotions, l’imagination du marché est grande. Le sujet est philosophiquement inspirant car il convoque la question de la connaissance de soi qui aujourd’hui se réduirait à la mesure de ses activités corporelles. Dans un contexte de soupçon généralisé entretenu par des services parfois obscurs dans leur traitement des données que l’on livre plus ou plus consciemment sur Internet, la problématique de la privacy est de nouveau convoquée. Exposer ses problèmes de poids, de sommeil ou ses performances sexuelles sur ces services de Soi Quantifié, c’est s’exposer à d’autres problèmes professionnels ou personnels si les employeurs ou les familles accèdent à ces données volontairement ou involontairement rendues publiques. La CNIL s’est évidemment penchée sur ce champ en préconisant d’utiliser un pseudonyme, ne pas automatiser le partage des informations, de privilégier un cercle de confiance et de penser à récupérer ses données après s’être désinscrit du service. Encore une fois, les problématiques semblent posées à partir des scénarios d’usage de l’offre. Bref une ethnographie des pratiques réelles du Soi Quantifié reste à faire.

SoiQuantifié CNIL Mesure Apps

 

Social Media Explorer / A qui appartiennent vos contenus sur les réseaux sociaux

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Les réponses apportées par cet article peuvent se révéler d’une grande utilité si l’on souhaite dépasser le stade de la problématisation spéculaire sur la vie privée sur les sites de réseaux sociaux et développer une attitude proactive sur le contrôle de ses données personnelles en ligne.  A qui appartiennent nos contenus exprimés et les données déposées sur les sites de réseaux sociaux ? La création sur un support - un billet de blog ou une photo sur smartphone - restent la propriété des usagers. A partir du moment où ce contenu est partagé sur les réseaux sociaux, il  est censé demeurer votre propriété mais en acceptant les conditions d’utilisation de ces services, les créateurs de contenus - que nous sommes tous devenus – confèrent d’autres droits à Facebook, Twitter, Pinterest etc. Facebook se donne ainsi le droit d’utiliser vos contenus. Et s’il est possible de les supprimer, une fois qu’ils ont été partagés par d’autres, ces contenus sont utilisables. Sur Pinterest, les pratiques d’épinglage d’images supposent d’autoriser le service à utiliser vos contenus. De même sur YouTube, tout en restant titulaire des droits d’auteur, une licence d’utilisation est accordée au site et vous vous engagez à respecter les droits d’auteur d’autrui. L’article explore également un aspect généralement peu mentionné du droit d’auteur sur les réseaux sociaux : «à qui appartiennent vos profils de médias sociaux et le contenu après votre mort?» Les ayants droit héritent des droits de propriété intellectuelle pour une durée de 70 ans après la mort de l’auteur. Cependant l’accès aux contenus publiés sur les réseaux sociaux par la famille d’un défunt peut s’avérer problématique comme un jugement récent l’a refusé aux parents d’une jeune fille décédée mystérieusement. Il est possible d’anticiper avec des outils tels que Locker héritage permettant à un tiers de pouvoir supprimer les profils ou de poster un message après votre décès.

SNS Décès PI

 

Fédération Française des Télécoms / Les 20 ans du SMS

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La Fédération Française des Télécoms célèbre à sa façon les 20 ans du SMS  avec l’envoi le 3 décembre 1992 par Neil Papworth, employé d’une société informatique britannique du premier Short Message Service (SMS) commercial vers un téléphone mobile sur le réseau GSM. Une série d’infographies libres de droits illustrent l’évolution fulgurante du SMS à travers des chiffres de l’ARCEP et de la Fédération Française des Télécoms. Le trafic annuel est ainsi passé de 1,5 milliards en 200 à 147,2 milliards de SMS en 2011. Une note synthétise en 10 points ce que le SMS a changé dans nos vies. Elle s’appuie sur les enquêtes ethnographiques menées par Joëlle Menrath, directrice de Discours & Pratiques, par Laurence Allard (maître de conférences, sociologue de l'innovation, (Universités Paris 3-IRCAV/Lille 3), par Anne Jarrigeon (maître de conférences en sciences de l’information et de la communication, Université Paris Est) et par Olivier Aïm (maître de conférences en sciences de l’information et de la communication, Université de Paris IV-Celsa). Le SMS est devenu la technologie d’écriture la plus massive dans le monde comme en France et a contribué à dédramatiser l’acte d’écrire en l’intégrant dans les activités de la vie ordinaire. Cette dédramatisation de l’écriture n’implique pas cependant que la textualité du SMS dans sa diversité de matières de l’expression (prendre des textes en photos) ou de formats (notes pour soi) ne conserve une qualité de mise en forme. Il est au contraire au service d’un rapport à soi médiatisé au travers de mots. Une dimension de stylisation de l’existence par l’écriture de textos a pu être observée qui marque l’apport du SMS dans l’individuation contemporaine. Enfin, l’apport communicationnel du SMS est d’articuler les espaces et interactionnels entre ici et là bas non dans une promesse intenable d’ubiquité mais dans une séquence temporelle ici et maintenant. D’autres aspects illustrés d’exemples sont mentionnés dans cette note qui propose une analyse documentée sur la façon dont le SMS est pratiqué. Des usages humanitaires du SMS sont mentionnés dans la chronologie des 20 ans qui peuvent être complétés par d’autres exemples dans l’ouvrage de Laurence Allard, Mythologie du Portable, ed. Le Cavalier Bleu, 2010. 

SMS Ethnographie Usages

 

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