19 déc 2013
Contenus

Discours de Pierre Louette sur la convergence entre industries des télécoms et des médias

Dans le cadre des 7èmes assises de la convergence des médias, dont la FFTélécoms est partenaire, Pierre Louette, Président de la FFTélécoms, est intervenu sur le sujet de la convergence entre industries des télécoms et des médias.
Discours de Pierre Louette sur la convergence entre industries des télécoms et des médias

Keynote de Pierre Louette, Président de la FFTélécoms, lors des 7èmes assises de la convergence des médias, le 18 décembre 2013 :

Merci de me permettre de partager avec vous quelques réflexions sur la convergence - ou plutôt ce que j’appellerai le « destin commun » de nos industries des télécoms et des médias.

Ce destin commun commence par le fait de vivre des bouleversements, sinon identiques, en tout cas, similaires et liés entre eux :

  1. La distribution des contenus culturels et notamment audiovisuels connaît ainsi une mutation profonde

L’audiovisuel vit le passage d’un écosystème fermé, caractérisé par une ressource (hertzienne) rare, à un univers largement ouvert, marqué par la mondialisation des réseaux et dans lequel la diffusion d’un contenu et sa consommation n’ont plus forcément de lien géographique.

Ce n’est pas la première fois que le monde de la culture connaît des bouleversements dus à un nouveau moyen de diffusion.

D’autres innovations technologiques ont suscité des inquiétudes :

  • Irruption de la télévision : crainte de la disparition du cinéma.
  • Arrivée du satellite : crainte de la disparition de la TV hertzienne.

…Bien sûr, il n’en a rien été.

Mais, de fait, la mutation actuelle aboutit à bousculer les équilibres concurrentiels existants, en passant d’une rareté de l’offre à un nombre d’offreurs quasiment infini et à un certain morcellement de la consommation.

L’une des difficultés causée par cette évolution est bien sûr que la rareté de la ressource permettait, dans le cas de la France, de justifier un système de soutien à la création, en soumettant les diffuseurs à des obligations de diffusion et de production.

Or les nouveaux offreurs ne sont pas soumis à ces obligations, ce qui cause bien sûr un problème concurrentiel majeur – d’autant plus qu’ils s’appuient souvent sur des positions quasi-monopolistiques.

  1. Les télécoms connaissent eux des bouleversements d’une ampleur comparable, même si la nature en est différente.

Le secteur des télécoms est lui aussi en proie à de profonds changements :

  • En termes de rythme : ruptures technologiques de plus en plus rapprochées (téléphonie mobile, haut début fixe puis mobile, généralisation de la norme IP, développement du très haut débit…)
  • En termes concurrentiels : à l’inverse de l’audiovisuel, c’est un secteur où les pouvoirs publics se sont efforcés de développer la concurrence entre les acteurs, au bénéfice supposé du consommateur, avec une très forte impulsion donnée au niveau du communautaire.

Cette politique guidée par le seul dogme consumériste a abouti à un secteur morcelé dont les revenus et les marges sont en baisse continue, alors que la consommation explose.

Par ailleurs, les opérateurs connaissent eux aussi la concurrence de nouveaux acteurs :

  • qui utilisent leurs réseaux sans pour autant contribuer aux investissements correspondants ;
  • pratiquent l’optimisation fiscale systématique, alors que les opérateurs subissent eux ;
  • ne sont pas régulés ;
  • et captent une part croissante de la valeur du numérique.

Et ce sont souvent les mêmes qui concurrencent les médias audiovisuels ! Nos secteurs partagent le problème central d’une concurrence non régulée, qui remet en cause les modèles existants.

  1. Je parlais de destin commun : nous ne partageons en effet pas seulement les problèmes auxquels nous faisons face, mais aussi les pistes de solutions.

Nos sous-jacents sont bons ! L’appétence des consommateurs et donc la valeur du marché résident notamment dans les services audiovisuels innovants, qui répondent à leur demande d’accéder aux programmes tout le temps et en tout lieu. Et l’appétit du public pour des contenus de qualité distribués par des réseaux et des plateformes de services performants est ne se dément pas.

Bref, qu’il appartient à nos secteurs respectifs de continuer à développer ces services pour répondre aux attentes du public.

Mais nous ne pouvons continuer à raisonner comme si nous vivions encore dans un écosystème fermé : les vieilles recettes consistant à taxer le secteur qui semble le plus dodu ne fonctionnent plus. Je salue au passage l’engagement tenu par le gouvernement actuel de ne pas créer de taxes nouvelles sur les télécoms qui viendraient s’ajouter aux existantes. Cela mérite d’être souligné.

Les opérateurs ont beaucoup donné, ils continuent à le faire, et acceptent bien volontiers de contribuer au financement de la création, mais on ne peut continuer à prélever indéfiniment, parfois pour soutenir des modèles économiques à bout de souffle. En 2012, les opérateurs membres de la FFTélécoms ont payé plus de 375M€ de taxes et prélèvements obligatoires destinés au secteur de la culture. Il faut y ajouter les contributions volontaires des opérateurs, en tant que distributeurs de chaînes, de VoD… et aussi en tant qu’annonceurs !

Ne nous trompons donc pas d’adversaires et ne soyons pas trop naïfs en imaginant que des lignes Maginot permettront d’endiguer le déferlement des acteurs mondiaux (les GAFAM  aujourd’hui, demain les GNAFAM avec Netflix).

Au contraire, répliquer ces mécanismes du passé ne peut aboutir qu’à fragiliser un peu plus l’écosystème national et, in fine, à remettre son destin entre les mains des géants mondiaux de la distribution de contenus.

Car, outre que les opérateurs télécoms sont de moins en moins dodus, ils sont surtout les premiers animateurs de ce qu’on appelle l’offre légale, seule réponse crédible au piratage – des services qui rémunèrent les ayants-droit et les éditeurs.

Nous avons été les premiers à lancer, il y a 10 ans, les premiers services de vidéo à la demande et, plus récemment, ceux  de télévision de rattrapage. Aujourd’hui, 4 foyers sur 10 ont accès à la TV par l’ADSL ou la fibre, grâce aux investissements des opérateurs.

En conclusion

Les prélèvements obligatoires que j’évoquais seraient sans doute mieux investis dans le développement de services innovants et compétitifs et l’énergie que nous mettons dans des luttes picrocholines autour d’un énième nouveau projet de taxe, mieux employée à répondre aux évolutions du marché.

Devant la situation difficile que vivent nos secteurs, il me semble que le regard doit porter loin :

  • Loin pour deviner (ou essayer de le faire) ce que seront les goûts et les comportements des consommateurs demain, tant en termes de services que de contenus.
  • Loin, aussi sur le plan géographique : ne nous replions pas sur notre modèle. Sachons, au contraire, nous s’inspirer des acteurs OTT ou GAFAM, et des qualités qu’il faut malgré tout leur reconnaître : une capacité d’innovation puissante et un sens aigu de l’expérience de l’utilisateur.

C’est sans doute de ces côtés qu’il faut chercher les clés de nos – j’espère – futurs succès communs.

L’émergence de l’internet mondial transforme la société, qu’on le veuille ou non.

Il est préférable d’être des acteurs de cette révolution silencieuse plutôt que d’en être des victimes. Cette opportunité doit donc être saisie et, dans cette course mondiale, la solidarité entre les acteurs nationaux peut être un vrai atout ! 

Documents associés :

Retour sur le site de la Fédération Française des Télécoms