22 nov 2013
Décryptage

Digiworld Summit : Décryptage de l’édition 2013 par Yves Gassot, Directeur Général de l’IDATE

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Au lendemain de la clôture du Digiworld Summit, grand rendez-vous annuel des télécoms organisé par l’IDATE, Yves Gassot, son Directeur Général dresse le bilan de l’événement et présente les grandes tendances du secteur des télécoms.
Digiworldsummit 2013 par Yves Gassot, Directeur Général de l’IDATE

- Quel bilan tirez-vous de cette 35e édition ?

Un très bon bilan : nous avons réuni plus de 1200 personnes de 33 nationalités différentes sur les deux jours, en légère croissance par rapport aux deux dernières éditions. Cette année a aussi été l’occasion de franchir largement les frontières du secteur des télécoms, en évoquant les autres 'pépites' (le titre de la conférence était "the digital Gold mines"…): les nouveaux formats de télévision, le Big Data, le paiement dématérialisé, les "digital malls"...

- Quels ont été les temps forts de ces deux jours ?

Nous avons reçu un formidable keynote speaker, Rishad Tobaccowala, chairman de DigitasLBi et Razorfish : il est responsable au sein de Publicis de toute la dimension numérique du groupe. Je citerais aussi les interventions de Vivek Badrinath d'Orange, de Dor Skuler, patron de la 'pépite" israélienne d'Alcatel-Lucent, du fondateur de Sigfox, du DG européen de la dernière success story française, Criteo.

Difficile aussi de passer sous silence l'échange que j'ai pu avoir avec le Président de l'ARCEP ou celui que François Barrault (Président de l'IDATE) a pu avoir avec Jacques Attali (en téléprésence depuis New York).
Tout peut être visionné sur le site www.digiworldsummit.com

- Le thème de cette édition étaient les "digital gold mines" : quelle est la place des opérateurs télécoms dans cet ecosystème ?

Jacques Attali considère que nous assistons dans ce secteur en Europe à un "suicide collectif". Effectivement si la tendance mondiale du secteur est à la croissance, y compris dans un pays mature comme les États-Unis (+3%), le marché en Europe est en recul depuis 2008. Dans nos prévisions, le secteur retrouvera en 2020 tout juste son chiffre d'affaires de 2008... Pour cela, il faut tabler sur une amélioration du climat macro-économique, notamment en Europe du sud, et sur une capacité à sortir de la guerre des prix. Il est probable que cela passera par une phase de consolidation, à commencer par des opérations intra-nationales de M&A et de partage d'infrastructures. Peut-être que dans un second temps, où sous l'effet d'intervenants non-européens, nous verrons des opérations "cross-border" accélérant la perspective d'un marché unique en Europe.

Mais au-delà de la situation européenne, l'ensemble du secteur est engagé dans un formidable challenge de refonte de son business model. D'ici à 2020, l'IDATE  a établi dans une récente étude ("télécom 2025") trois scénarii contrastés, selon le contexte économique, les capacités des opérateurs à investir et à valoriser les accès premium , ainsi que selon leur capacité à étendre leur empreinte dans la chaîne de valeur (wholesale/retail, M2M, Cloud, API, …). Mais quelle que soit l'organisation de la chaîne de valeur numérique, il faudra bien compter sur des réseaux d'accès à haut débit fixe et mobile…

- Quelles pourraient être ces nouvelles sources de monétisation ?

La fourniture d'accès devrait continuer à être la caractéristique première des telcos et à représenter la part prépondérante de leurs revenus. Mais les opérateurs peuvent élargir ces revenus en s'organisant en plateformes actives de l'innovation ("open innovation") tant vis-à-vis des consommateurs que vis-à-vis des entreprises, ou des acteurs Over The Top (OTT)…  Je préfère cette représentation en plateforme bi-face à la perspective de l'intégration verticale qui verrait l'opérateur s'attribuer une vocation de leader  sur tous les nouveaux marchés touchés par la numérisation. Naturellement, il est probable que plusieurs modèles d'opérateurs émergeront selon les contextes et la taille des entreprises.

- Avez-vous déjà une idée de thème pour l'année prochaine ?

Je suis sensible dans un tel contexte à la confrontation des situations et des dynamiques au niveau international. On voit bien l'intérêt des acteurs des télécoms en Europe pour une comparaison avec la situation du marché aux Etats-Unis.  C'est également vrai dans le domaine des grandes plateformes Internet ou du tissu des start-up en n'omettant pas les puissants acteurs  qui existent dans ces domaines en Asie. Mais l'Afrique, qui sera probablement le continent qui va connaître la plus impressionnante transformation au cours de ce siècle,  est aussi un sujet passionnant. 

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