21 nov 2014
Décryptage

Digiworld Summit 2014 : le bilan d’Yves Gassot

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Alors que le Digiworld Summit 2014 vient de s’achever, Yves Gassot, directeur général de l’IDATE a répondu à nos questions. Il dresse le bilan de l’événement et présente les grandes tendances du secteur des télécoms.
Digiworld Summit 2014 : le bilan d’Yves Gassot

Quel bilan tirez-vous de cette 36e édition ?

Je retiendrais l’enthousiasme et la convivialité, et même une forme d’optimisme, alors que nous avons connu une forte affluence, en ligne avec celle de l’an passé, qui était une année record. Comme l’évoque le thème de cette édition, « Mobility Reloaded : nous n’avons encore rien vu » : tout est devant nous, rien n’est joué. Il s’agit de ne pas se complaire dans les résultats médiocres que certains opérateurs européens doivent affronter. Il y a une véritable dynamique dans les usages et l’innovation. Nous sommes dans un secteur qui a toutes les caractéristiques d’une industrie en réinvention.

Une des nouveautés de l’année est la présence de plusieurs start-up sur scène : pourquoi ce choix ?

Nous avons voulu montrer que l’Internet Mobile et au-delà les objets connectés ouvraient de nouvelles perspectives basées sur de nouvelles fonctionnalités. Avec le quantified self ou les smartglasses on est très loin du web que l’on connaissait il y a cinq ou dix ans. C’est particulièrement intéressant pour l’Europe très largement dominée par les grandes plates-formes du GAFA de voir que l’on entre dans un nouveau monde.

Y-a-t-il une intervention qui vous a particulièrement marquée ?

Michel Combes a résumé avec son entrain habituel le principal enjeu du secteur des télécommunications: montrer que l’innovation ne pouvait pas se limiter à d’un côté la dernière génération d’iPhone et de l’autre le bouleversement du cloud. Il faut qu’entre les deux on fasse rapidement évoluer le réseau dans ses technologies d’accès fixe-mobile mais aussi dans ses architectures et sa virtualisation. C’est ce qui permettra aux opérateurs de disposer de la flexibilité nécessaire pour se différencier et aux consommateurs de percevoir en temps réel le potentiel d’innovation qui réside dans le réseau.  

On met à juste titre l’accent sur les besoins en capex pour investir dans le très haut débit. Mais il faut aussi souligner la révolution culturelle que représente pour les opérateurs le développement dans leurs équipes de la culture du code, car le software joue un rôle central dans cette transformation.

Comment les opérateurs peuvent-ils se sortir de cette situation ?

En Europe, nous souffrons sur la plupart des marchés d’une hyper-concurrence qui se traduit par une guerre des prix qui a tendance à annihiler les stratégies de segmentation nécessaire pour sortir des offres plus ou moins « flate rate/best effort ».

Dans ce contexte, les opérations de consolidation peuvent contribuer à créer un moment de respiration pour le secteur.

Avec la baisse de leurs coûts, c’est la condition pour que les opérateurs puissent stabiliser leur marge, investir dans le réseau et trouver les moyens d’adapter leur modèle d’affaire à la nouvelle chaîne de valeur.

Quels nouveaux business models peut-on imaginer pour les opérateurs ?

Il va falloir valoriser la connectivité, alors que les unités de référence jusqu’à présent, la minute de communication et les SMS, sont en train  de se dissoudre dans les applications. Il faut pour cela trouver des paramètres de tarification tels que l’intensité d’usage ou la qualité de service (débit,  latence…). Mais de nouvelles opportunités sont apparues : le cloud qui engage la qualité des services des opérateurs, ou le M2M qui connait un très fort développement. Les telcos sont aussi bien placés pour réfléchir aux stratégies de valorisation de la data, avec deux grandes options : les valoriser sur le marché auprès des autres acteurs susceptibles d’être intéressés par des données (anonymisées) de type géolocalisation, ou les utiliser essentiellement pour optimiser leur qualité de service et leurs propres innovations,s en mettant tout en œuvre pour être perçu comme le tiers de confiance des consommateurs. Enfin les opérateurs peuvent aussi décider d’être présents sur le marché des applications et des services soit en mode OTT, soit en tant que distributeurs actifs de services et de contenus de tiers. Cette dernière option souligne la dimension bi-face des stratégies de plates-formes qui peuvent être adoptées par les opérateurs, tournées vers le client final mais aussi ouvertes (API) vers les fournisseurs de contenus et de logiciels, les grands acteurs des « verticaux ».

L’Europe peut-elle encore retrouver une place de choix sur tous ces sujets de télécommunication ?

C’est l’un des grands espoirs que nous avons : d’une part que l’Europe soit de nouveau un leader mondial de l’industrie et des services de télécoms à l’heure de la 5G, et d’autre part que l’internet mobile et l’ « Internet of things » soit l’occasion de faire émerger des acteurs européens de taille mondiale dans le domaine des applications et services. 

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