24 nov 2013
Décryptage

Digiworld Summit 2013 : Les grands enjeux

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Rendez-vous annuel de l'industrie des Télécoms, le Digiworld Summit organisé par l'Idate à Montpellier donnait la parole aux acteurs du secteur, autour des enjeux d'aujourd'hui et de demain : gestion des infrastructures, nouveaux usages et services, relation avec les Over the Top, nouvelles sources de revenus...
Digiworld Summit 2013 de l’IDATE : les grands enjeux

Petit Web fait le point sur les sujets chauds du moment, avec quatre grands sujets débattus pendant ces deux jours.

Avec les objets connectés, à quoi ressembleront les réseaux de demain ?

Les chiffres de l'Idate prévoient que 80 milliards d'objets seront connectés d'ici 2020 dans le monde : montres, véhicules, compteurs, ascenseurs, machines à café… mais aussi lits d'hôpitaux, thermostats ou ampoules... Les réseaux vont devoir s'adapter à ce nouvel écosystème qui demande flexibilité, fiabilité et sécurité. Deux types de réseaux vont cohabiter pour assurer la bonne communication entre tous ces objets :
- des réseaux très haut débits, 4G ou 5G, pour assurer les services de divertissement et de communications à usage intensif de données.
- des réseaux très bas débits, pour les objets du quotidiens équipés de capteurs et transmettant peu d'information.

Exemple avec l'automobile connectée : dans l'habitacle, les services d'information pour le conducteur  et de divertissement pour les passagers nécessitent des débits importants, alors que les capteurs équipant les pneus ou le moteur doivent être les moins couteux possible en énergie et en technologie : ils se connecteront à des réseaux différents, moins évolués.

Le cord-cutting, une menace pour les opérateurs européens ?

Pour Florence Le Borgne, Head of TV and Digital Content Practices de l'Idate, le "cord cutting" reste une notion américaine relativement floue. Retenons cette définition : le "cord cutting" est le fait de renoncer à un abonnement de téléphonie fixe ou de télévision payante, par exemple, au profit d'une offre équivalente qui serait moins onéreuse ou gratuite. Aux Etats-Unis, cette tendance, notable depuis 2007 dans le domaine de la télévision par câble, peut être expliquée par plusieurs causes : le coût très élevé de la télévision payante dans un contexte de crise (en moyenne, plus de 70$/mois, avec une augmentation annuelle supérieure à l'inflation), un report sur l'ADSL moins couteux et l'essor d'acteur "Over The Top" (OTT), tels que Netflix ou Hulu. Néanmoins, sur la période 2000-2012, la télévision payante au sens large (câble, IPTV, satellite) reste en croissance.

Pourtant, l'arrivée de service de Video On Demand (VOD) sur abonnement fait peser une forte menace pour le secteur : la croissance de la télévision payante aux Etats-Unis a connu un net ralentissement depuis le boom de Netflix, en 2007, qui a engrangé près de 20 millions d'utilisateurs supplémentaires en 6 ans, avec une offre à 7,99$/mois. En Europe, aucun acteur du type de Netflix ne s'est encore imposé, mais les choses pourraient rapidement changer, avec un impact plus important qu'aux Etats-Unis. En effet, un acteur de la VOD pourrait casser encore davantage les prix en s'installant en toute légalité dans un pays au taux de TVA avantageux, dans lequel il ne serait pas soumis aux mêmes contraintes réglementaires, fiscales et d'investissements dans les contenus que les acteurs traditionnels du secteur.

Les "Smart Cities", ou comment concevoir la ville du futur ?

La réflexion autour de la ville connectée concerne de très nombreux acteurs : collectivités locales, industriels de l'IT et des télécoms, services publics et "utilities", équipementiers et opérateurs télécoms en quête de valorisation de leurs infrastructures. Sans oublier les startups et acteurs de l'internet, qui entendent jouer un rôle dans ce domaine. Philippe Dewost, Directeur adjoint, en charge de l'économie numérique de la Caisse des Dépôts faisait le constat suivant : les différentes visions de la ville du futur laissent peu de places à l'humain. Ce sont des schémas où l'on raisonne en termes de flux et de stocks... Comment faire en sorte que ces différentes parties prenantes avancent de concert, sans oublier l'usager final ?

Peu de réponses lors de ce sommet, mais beaucoup de prospective et quelques initiatives : la démonstration d'une ville où tous les véhicules communiquent entre eux chez IBM, des présentations sur les systèmes de transport publics intelligents ou l'annonce d'un partenariat entre Orange, Regus et la Caisse des Dépôts pour développer des espaces de co-working en périphérie des agglomérations plutôt qu'en centre-ville, afin de coller aux nouveaux usages nomades.

La data sera-t-elle la nouvelle "gold mine" des opérateurs ?

Nombreuses sont les entreprises à se positionner sur la question des datas, que leurs usages soient publicitaires, marketing ou en business intelligence. Quelle sera la place des opérateurs dans cet écosystème ? Une certitude : ceux-ci se retrouvent dans une position centrale, puisqu'ils ont potentiellement accès aux informations personnelles de leurs clients, à leurs données de navigation sur le web, leurs consommations téléphoniques ou encore leur données de géolocalisation. Reste à trouver le modèle économique qui permettra de créer de la valeur à partir de ces informations et de leur analyse, que ce soit pour l'opérateur, ses partenaires ou les consommateurs, dans le respect de la vie privée.

La data a le potentiel pour devenir une nouvelle source de revenus pour les opérateurs, à condition de conserver la confiance des utilisateurs : c'est le message que Stéphane Richard, le PDG d'Orange a tenu à faire passer. Celui-ci a insisté sur le fait que les acteurs du secteur devaient redonner le pouvoir aux consommateurs en leur donnant des outils de contrôle sur l'usage de leurs informations personnelles. Un élément à prendre sérieusement en compte, au risque de voir le régulateur durcir les règles relatives à la collecte, au stockage et à l'exploitation des données personnelles, à l'exemple de l'Espagne et de l'Allemagne, où le « double opt-in » est désormais la règle dans le domaine des télécoms.

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