30 mai 2013
Observatoire sociétal

1 jour, 1 idée reçue : Sommes-nous vraiment tous « addicts » aux technologies numériques ?

« Etre addict à son téléphone mobile, aux séries TV, à son ordinateur, à facebook » … sont des formulations aujourd’hui courantes, qu’il faut prendre au sérieux : elles sont des indices forts d’un nouveau rapport aux outils et services numériques, désormais placés sous le signe de l’intériorité. Mais cet étiquetage issu du vocabulaire médical masque des logiques d’usage complexes, qui n’ont aucun caractère pathologique. La contrainte que le numérique fait peser sur nos existences n’est pas forcément celle que l’on croit : pour les interviewés, l’abandon aux tentations numériques apparaît moins problématique que les efforts d’auto-discipline et l’hyper-réflexivité nécessaires pour maintenir un équilibre de vie.

I.L’aspiration à une bonne hygiène des usages

Au cours de la dernière décennie les inquiétudes cristallisées par les outils de communication se sont déplacées sur le terrain de l’intériorité :

  • en 2005, à l’époque de la généralisation de ses usages, le téléphone mobile suscitait des inquiétudes en termes de civilité, portant notamment sur la bonne marche des relations sociales dans les espaces publics
  • en 2013, c’est sur le terrain intime que se situe la menace représentée par le téléphone mobile, par facebook, ou encore les séries télé …. : le risque principal évoqué aujourd’hui par les individus est celui de dysfonctionnements tout intérieurs

La gageure pour les individus connectés devient désormais de trouver le bon équilibre intérieur dans la relation qu’ils entretiennent avec ces technologies : les interviewés ne s’évaluent pas d’abord en termes de compétences techniques, mais dans leur capacité à trouver pour eux (et, le cas échéant, pour leurs enfants) le bon équilibre dans leur rapport aux outils et services numériques.    

Addiction, paranoïa, voyeurisme : les trois psychopathologies ordinaires souvent évoquées par les interviewés sont le signe que ce qui se joue d’essentiel dans le rapport aux outils est un problème de limites à se fixer à soi-même.

II.La vie connectée est faite de petites déconnexions

Nos vies tramées de numérique ont toutes en commun de composer avec une logique paradoxale : si de nombreux moments de vie font éprouver une continuité entre soi et les technologies numériques, ‘être connecté’ revient pourtant à faire l’expérience de la déconnexion. La panoplie des outils et des services offre en effet de multiples possibilités pour faire se succéder des moments « avec » et des moments « sans » : les utilisateurs s’en saisissent  en vue par exemple de concilier différents pans de leur vie, ou de « reprendre la main » après s’être sentis happés ou contraints.

 

Les déconnexions de tous ordres font le quotidien des individus connectés :

Retourner son mobile sur la table pour ne pas voir l’écran    …

Envoyer un SMS pour ne pas avoir à parler …

Communiquer uniquement par mail avec certains interlocuteurs …

Ne répondre en direct qu’à sa femme et ses enfants …

Ne pas regarder ses mails pendant le week-end…

 

III.Pas « addicts » aux technologies numériques (au sens médical du terme) :

Les utilisateurs mettent en œuvre des stratégies de détachement, qui sont à la mesure de leur attachement à des outils ou des services indissociables de situations d’usage, des dispositions corporelles, de passions, ou de l’exercice de la curiosité.

L’addiction, au sens pathologique du terme, intervient quand l’attachement n’est plus vécu sur ce mode des décrochages mais sur le mode de la connexion ininterrompue qui entraîne des dommages psychiques et physiques reconnus par le sujet, et contre lesquels il ne sait pas lutter.

Détachements momentanés

« Si je m’écoute je ne lâche pas mon téléphone. Avec mon père, je le range car lui, il ne supporte pas. », Jean-Luc, commercial, 42 ans, Strasbourg

Déconnexions partielles

« La journée, je ne réponds sur mon téléphone qu’à ma compagne et à mes enfants. Le reste je le traite par messagerie interposée, et par mails et sms. », Fabien, 49 ans, PDG d’un groupe international, Paris

Autodisciplines

«  Je parle par texto environ deux heures en rentrant du collège. Mais d’abord je fais mes devoirs, et je laisse mon téléphone éteint, dans mon sac », Emilie, 13 ans, Lisieux

Mesures préventives

«  Parfois je reçois un sms et je ne réponds pas, parce que je me connais : je mets un petit doigt dans l’engrenage et ensuite c’est parti, j’en ai pour 10 min de convers », Marc, 23 ans, étudiant en droit, Strasbourg

Retrouvez les réponses aux 9 autres idées reçues en cliquant ici. 

 

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