12 juin 2013
Observatoire sociétal

1 jour, 1 idée reçue : les technologies numériques ont-elles mis à mal l’écriture ?

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La généralisation de l’écriture au quotidien, à travers les SMS notamment, a contribué à désacraliser le rapport de l’écriture, sans pour autant le dénaturer, contrairement à ce qu’ont pu prétendre ses contempteurs.

A l’époque de la généralisation du téléphone mobile,  la rupture comportementale abondamment commentée était cette nouvelle façon de parler tout haut seul dans la rue. En 2005 encore, un article de Télérama titrait : « Ces fous parlant et leur drôle de machine ».

Aujourd’hui, ce qui frappe l’observateur des espaces publics ou privés, c’est le nombre de personnes en train d’écrire en marchant, en parlant, en traversant la rue ou simplement assis ou debout dans les transports en commun.

  • Ecrire en marchant, une écriture revitalisée. On écrit comme on marche, on parle, on mange, souvent en faisant d’autres choses en même temps.
  • Ecrire l’air de rien, une écriture désacralisée. Ce caractère transversal et conjoint des gestes d’écritures mobiles concourt à les distinguer de l’écriture au sens noble prise comme une activité autonome. Ces gestes d’écriture font d’ailleurs l’objet d’une désignation spécifique : on dit « noter, inscrire, prendre note, faire un SMS,  se parler par SMS ».
  • Le photocopieur de poche. Slide de conférence, de billet de train, de plan d’une ville… autant d’enregistrement d’informations qui indifférencient prises de note et prises de vue.
  • Tenir entre ses doigts les fils de sa vie. Les SMS sont un support d’expression qui participe chez tous d’une forme de stylisation de l’existence.  Rares sont les SMS qui ont pour unique vocation à organiser le quotidien à deux ou à plusieurs : ce dont se saisissent les utilisateurs, c’est la possibilité offerte par ces écritures ordinaires de donner un double fond aux situations vécues, ou de devenir l’auteur de son action en l’écrivant.

Un SMS passé au crible : Quand on reprend la main sur sa vie avec un SMS

«  Ok, moi je vais faire les course … super … », Laurence, 52 ans.

Ce qu’offre ce SMS, ce n’est pas le seul récit d’une activité à venir, mais une ressource pour vivre une tâche à travers l’ironie d’une antiphrase (« super »), façon de se décoller du « faire » par le « dire »,  et de devenir l’auteur de son action. Ce SMS peut être lu comme une manière, à la lettre, de reprendre la main sur sa vie, au moment où on l’éprouve comme aliénante. Il permet  d’exercer ce que le sociologue E. Goffman a thématisé comme une « distance au rôle ».

Les SMS conduisent à partager des pensées, des émotions, des désirs, ou des fantasmes qui auraient pu rester lettre morte.

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