4 juin 2013
Observatoire sociétal

1 jour, 1 idée reçue : les technologies numériques compromettent-elles les relations de face-à-face ?

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Les technologies de communication n’ont pas seulement transformé les relations sociales à distance : elles ont conduit à réinventer les façons d’être ensemble pour les utilisateurs, qui composent désormais naturellement avec un hors champ, susceptible de se manifester à tout moment sous la forme d’un SMS s’affichant sur l’écran de son mobile, ou d’un appel …

1. L’exercice des décadrages

Aujourd’hui, les individus connectés négocient toute une gamme de présences du hors-champ communicationnel. La vie relationnelle autour et avec les technologies mobiles procède par effets de cadre : un appel reçu, un vibreur qui se met en marche, un SMS qui arrive… sont des occasions de décadrages temporaires par rapport à la situation de face à face.

Passer un moment ensemble n’empêche pas aujourd’hui de continuer son ouvrage incessant de « vigie » ou de « standardiste téléphonique ».

Outre ce travail en sous-main, les individus connectés mettent en œuvre des stratégies pour aménager un hors champ communicationnel qui n’entre pas en conflit de convenances par rapport au face-à-face :

  • L’individu choisit le canal de communication qui s’agencera au mieux avec la situation :

« Si je suis dans la voiture avec mon mari pour aller à la campagne par exemple, j’envoie des SMS, sinon, il me dit : "T’es encore au téléphone ?". Quand j’envoie des SMS, je suis avec lui, je peux lui parler », Line, 45 ans, femme au foyer, Paris.

  • Un « polylogue » qui consiste à faire participer le/les interlocuteurs en présence :

«  Je suis avec Céline, là, elle te dit que c’était super hier soir et elle t’embrasse

  • Un commentaire de l’appel ou message, qui devient un ressort conversationnel :

« C’était mon père, il ne va pas très bien en ce moment… »

2. La mise en compatibilité de pans de vie

A l’heure de la massification des usages, parler de « monde numérique » revient à faire intervenir des frontières qui n’existent pas dans les pratiques. L’enquête Discours & Pratiques a révélé un phénomène tout autre : ce qui va de soi aujourd’hui, c’est le caractère indissociable, éprouvé par tous, entre des pratiques numériques et d’autres qui ne le sont pas. Le numérique n’est pas un monde, il est tramé dans les vies des individus, pour chacun singulièrement, mais selon des logiques communes à tous.

L’alternative vécue par les utilisateurs n’est pas celle d’une immersion (dans le numérique) opposée à une présence au monde frontale (sans le numérique).

Jean-Claude préfère écrire des SMS, plutôt qu’appeler, quand il est dans le train, car cela lui permet de «s’interrompre quand il veut pour se concentrer sur le paysage».

 
Au contraire, les individus font preuve d’une ingénierie des situations qui vise à mettre momentanément en compatibilité différents pans de vie. 

Fabienne lit pendant ses insomnies un roman policier sur son iPad dans son lit aux côtés de son mari qui dort : « le bruit des pages d’un livre et la lumière le réveilleraient ».

 

3. La réinvention des lieux par les pratiques numériques

Les SMS, la lumière d’un iPhone, ou un service comme google.doc peuvent être employées sciemment par les utilisateurs pour ré-architecturer les lieux.  Ces ingénieries ordinaires forgent de nouveaux espaces physiques où vivre ensemble.

Des services numériques plus efficaces que des murs      

Amélie, 42 ans, coiffeuse, vit depuis la séparation avec son mari dans un 2P avec sa fille de 12 ans. Le soir, elle éprouve le besoin de se confier à ses amies, mais les murs sont « comme du papier ». Elle se met alors à MSN pour chatter et convertit ses deux meilleures amies. « MSN pour moi, c’est comme une pièce en plus », dit –elle.

 

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