6 juin 2013
Observatoire sociétal

1 jour, 1 idée reçue : les outils numériques sont-ils vécus comme des dispositifs de surveillance ?

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Le soupçon de la surveillance qui accompagne les usages numériques se porte aussi bien sur des entités surplombantes (marques, Etats), que sur des figures familières de proches. En réaction à cette entre-surveillance, les utilisateurs développent des stratégies d’anticipation des regards pour contrôler leur image en ligne.

 

  • L’exercice du soupçon accompagne les usages.

La surveillance des activités en ligne par des instances surplombantes, étatiques ou commerciales, est une préoccupation présente dans les discours. Cette préoccupation s’accompagne parfois de mesures concrètes prises pour tenter d’échapper à la surveillance : les frontières « vie privée / vie publique » et « vie privée / vie professionnelles » sont réaffirmées, par des stratégies de re-cloisonnement qui passent par  la multiplication des profils  sur les réseaux sociaux et des adresses mails  ou l’intervention sur les paramètres de confidentialité.

  • Se dédouaner, par le discours, d’une adhésion idéologique, tout en persistant dans ses pratiques.

Toutefois aux yeux des utilisateurs, ces mesures qu’ils prennent ne les prémunissent jamais totalement de la surveillance. La crainte de la surveillance prend le plus souvent la forme d’un risque consenti, qui s’exprime dans des formules de dénégation : «  Je sais bien mais quand même »

  • De la surveillance à l’entre-surveillance, et à la « sousveillance » 

Pour incarner le « on » de la surveillance, ce n’est pas la figure d’un Big Brother ou de facebook qui est convoquée le plus souvent, mais des personnes de l’entourage dont les pratiques de divulgation de contenus sont épinglées, comme un manquement au respect de la vie privée. Ces surveillants familiers invitent à redéfinir le sentiment de surveillance sur un plan horizontal et à parler « d’entre-surveillance. »

Quelques tactiques de « sousveillance » :

-Se mettre sous contrôle du logiciel Reppler, par un système d’alertes en cas de mots fâcheux postés sur les réseaux sociaux

-Pratiquer la stratégie du « mur blanc » (« whitewalling », dans les termes de l’anthropologue danah boyd) qui consiste à se désinscrire de Facebook dès que l’on n’est pas en ligne – façon de « surveiller ses arrières »

 

Du panoptisme au paranoptisme…

L’histoire de la surveillance a été largement développée par Michel Foucault dans Surveiller et punir (1975) à travers la notion de « panoptisme ». L’évolution des sociétés modernes s’est faite selon lui à travers la diffusion d’un modèle de surveillance et de discipline (des corps et des esprits) rendu concrètement possible par un « archipel » de dispositifs panoptiques : la prison, l’école, l’atelier, l’usine, l’hôpital, etc.

Si ces dispositifs restent très largement hiérarchisés et verticalités, ils doivent leur efficacité au fait qu’ils se répandent, horizontalement, à l’ensemble du tissu institutionnel. L’émergence des médias numériques qui a amplifié ce processus « d’horizontalisation » en conférant à tout un chacun les moyens d’une surveillance de la population jusque-là dévolue à l’état.

Cette entre-surveillance se nourrit d’une suspicion et d’une méfiance de type paranoïaque sur les images, les comportements, les menaces potentielles : attaques de virus, manipulations des messages, mensonges, traçabilité, …  Le néologisme de « paranoptisme » (Olivier Aïm) rend compte de cette évolution.

 
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